Critiques de films

Alors que le mois d’avril se stabilisait par rapport aux mois précédents, conservant un niveau similaire au même mois en 2024, mai voit sa fréquentation baisser de 24.9% par rapport à l’année passée (15.72 millions en 2024 contre seulement 11.80 millions en 2025). Le box-office a majoritairement été porté par des films issus d’Hollywood tels le remake de Lilo & Stitch, le dernier Mission Impossible, le nouveau film Marvel Thunderbolts*. Côté films français, la meilleure performance a été réalisée par Partir un jour, film d’ouverture du festival de Cannes. 

Ce mois de mai 2025 avait un air cannois avec la sortie en salles du film Rumours : nuit blanche au sommet de Guy Maddin, Evan Johnson et galen Johnson, présenté à Cannes l’an dernier mais aussi avec la sortie de films faisant l’actualité de ce festival 2025 : Partir un jour d’Amélie Bonnin, film d’ouverture du festival ainsi que La venue de l’avenir de Cédric Klapisch sont sortis en salles en parallèle de leur sortie au festival tandis que deux films en compétition ont été distribué en mai, Jeunes mères des frères Dardenne et The Phoenician Scheme de Wes Anderson.

Ayant aussi fait son avant-première à Cannes, le blockbuster de Christopher McQuarrie Mission Impossible : The Final Reckoning est sorti à la fin du mois. L’autre blockbuster distribué en mai était le remake de Lilo & Stitch réalisé par Dean Fleischer Camp. Enfin, sur Apple TV + a été dévoilé le nouveau film de Guy Ritchie, dorénavant adepte du direct to streaming, Fountain of Youth.
Par manque de temps ou d’envie, je n’ai guère vu Lilo & Stitch, Jeunes Mères et Fountain of Youth.


Rumours de Guy Maddin, Evan Johnson et Galen Johnson
À partir d’un concept simple, le trio de réalisateurs de Rumours signent une satire plus sur les politiques que sur la politique en elle-même. 1h40 où rien n’est vraiment accompli, pas même l’écriture d’un texte cohérent, abandonné en dépit d’un charabia permettant de conserver l’impression de pouvoir des dirigeants dorénavant privés de ce dit pouvoir. Rumours montre les dirigeants politiques comme incompétents, faisant plus attention à eux-mêmes et à leur relation plutôt qu’à avancer sur une soi disante crise.
De ce constat sur les dirigeants politiques occidentaux, Rumours tire une comédie qui dans sa première partie s’apparente à une sit com / série B, acceptant son too much et le travaillant avec suffisamment de sérieux pour fonctionner : s’enchaînent alors dialogues romantiques sur fond de musique des feux de l’amour et d’éclairage digne des Mystères de l’amour ainsi que traduction visuelle d’un Flash-back par un noir et blanc ridicule assumé participant à l’humour visuelle du film.
Malheureusement la structure visuelle globale tombe à plat lorsque le film abandonne pendant une bonne dizaine de minutes son too much d’éclairage pour quelque chose de plus classique, débutant un enlisement narratif que quelques moments comiques arrivent à sauver, notamment par l’emploi de la musique, le jeu de Ménochet ou encore l’absurdité générale assumée offrant des moments de pure non-sens et de quiproquos dignes du meilleur d’un SNL en version cinéma.
Cette dite crise initiale, dont l’intérêt réside dans son absence de détails, participe à la perte d’intérêt progressive du récit : en forçant le trait de ladite crise, le film ne parvient qu’à créer une frustration de l’absence du moindre détail. Or, cette absence d’explications devient lassante au fur et à mesure que s’enchaînent les événements inexplicables (rituel bukkake des zombies, cerveau géant, personnage de Vikander, rôle de l’IA) et que les problèmes dans la cohérence même du récit s’accumulent (la disparition de l’allemand, le non emploi de la voiture).
Malgré cette dernière partie en deçà, Rumours est exactement ce qu’il promettait d’être : une comédie horrifique absurde sur le G7 n’ayant pas peur de lorgner dans le ridicule.

La venue de l’avenir de Cédric Klapisch
Le nouveau film de Cédric Klapisch, La venue de l’avenir, a beau éviter l’écueil du « c’était mieux avant », il ne parvient pas à lutter contre celui de la prévisibilité, narrative comme visuelle, et de l’existence des clichés.
Le film semble pourtant avoir conscience de ses clichés, ce qui justifierait un plan où, alors qu’il discute des clichés au téléphone, le personnage de Seb apparaît à sa fenêtre à côté d’une vue du Sacré Cœur.
Divisant sa narration en deux enquêtes sur ses origines, une au présent mené par un quatuor intéressant, et une au passé que l’esthétique du film appauvri et que les dialogues n’arrivent pas à rendre passionnante. Ce choix de double narration, intéressant sur le papier, crée dans les faits l’écume du long-métrage, empêchant de créer un attachement aux personnages du présent suffisant pour vouloir suivre entièrement leur développement, développement mis de côté avant une fin moralement questionnable concernant deux des quatre personnages.
Si tout est plus ou moins attendu, des transitions musicales aux plans montrant le changement d’époque, La venue de l’avenir touche par moment une douceur que le silence, remplacé par les applaudissements ou le regard sur un Manet réussit à toucher, tandis qu’une réflexion sur l’art et le temps essaient de pointer le bout de son nez, sans jamais vraiment y arriver mais en essayant. C’est sûrement ça que l’on retiendra de La venue de l’avenir, un échec sur plusieurs points mais une tentative ambitieuse de mêler les époques en donnant la part belle à un casting jeune, Abraham Wapler en tête.

Partir un jour d’Amélie Bonnin
Film d’ouverture de Cannes assez décevant, Partir un jour prend le parti pris de faire chanter régulièrement à ses personnages des chansons populaires françaises. Outre les choix parfois trop évidents de celles-ci, le long-métrage se casse souvent la gueule en raison de cela. Les moments musicaux ne s’élèvent jamais véritablement, restant souvent plat ou gênant, le casting ne semblant pas s’y donner assez. Deux passages musicaux relèvent le niveau, celui de la boîte de nuit que le rythme et l’ambiance général parviennent à rendre divertissante, ainsi que celle père-fille en cuisine quittant la simple gêne pour une émotion plus grande et plus réussie.
Pour le reste du film, hors moments musicaux, fort est de constater que l’on ne quitte que rarement un simple scénario de téléfilm de Noël lambda, malgré quelques tentatives narratives d’aller au-delà, notamment la fin touchant une tristesse mélancolique brute tout en contenant en elle une étrange lueur d’espoir.

Mission Impossible : The Final Reckoning de Christopher McQuarrie
James Bond étant mort en 2021, Ethan Hunt et les Mission Impossible étaient dorénavant les derniers représentants du cinéma d’action / d’espionnage généreux, surtout que le concurrent le plus violent, John Wick, a aussi tiré sa révérence (temporairement) en 2023. Au moment de tirer à son tour sa révérence, l’alter Ego de Tom Cruise fait l’inverse de sa version british ou de sa version violente : si les enjeux sont multipliés et que le film cherche absolument à lier le protagoniste à l’antagoniste, la franchise Mission Impossible perd toute émotion et toute volonté cinématographique pour céder la place à 2h40 de christication de Tom Cruise. Si le dernier film montrait déjà une perte de qualité de la franchise sous le regard de Christopher McQuarrie, alors que derrière deux des meilleurs films de la saga, The Final Reckoning met de côté les qualités du film précédent : Pom Klementieff passe de méchante intéressante à un personnage secondaire rappelant sans cesse le scénario en français, l’entité passe d’ennemi mystérieux à surenchère dramatique tandis que les quelques flashbacks relativement bien amenés sont ici un surplus de rappel des précédents films étouffants le spectateur, complexifiant une intrigue déjà trop lourde et sans sens. Assommé par flashbacks incessants et flashforwards inutiles, le montage de The Final Reckoning, plus proche de George Méliès que de l’image-mouvement classique des films d’action, accompagné d’une surenchère de répliques se voulant exceptionnels mais tombant à plat, fait perdre toute intensité dramatique au long-métrage, les morts comme les tentatives de discussion géopolitiques font rires au lieu d’inquiéter. Sans revenir sur la vision réductrice du film, alors que la saga s’en sortait pourtant relativement mieux que James Bond sur ce point, ou l’insipidité du méchant, il faut constater que la saga fini par faire le contraire du premier film : du thriller d’espionnage, Mission Impossible est passé à la surenchère totale faisant de Tom Cruise, scientologue reconnu, une figure messianique, seul capable de sauver le monde et le purifier de ses péchés. Heureusement restent les deux scènes d’action, bien filmées et parvenant à créer, du moins lors de la première, un minimum de tension.

Affiches des différents films traités

Critique de The Phoenician Scheme de Wes Anderson, sorti le 28 mai 2025 en France

Deux ans après Asteroid City et ses courts-métrages Netflix basés sur l’œuvre de Roald Dahl, Wes Anderson présente un nouveau long-métrage en salles de cinéma, The Phoenician Scheme. Présenté en compétition à Cannes, ce nouveau film du réalisateur texan au style bien à lui est reparti bredouille du festival, à l’instar des camarades états-uniens du réalisateur ayant participé à cette édition du festival. Les premiers retours cannois, dans la veine des deux précédents films du réalisateur, Asteroid City et The French Dispatch, divisaient, entre les défenseurs habituels du réalisateur et ceux dorénavant lassés par son style de plus en plus important dans ses œuvres. Alors qu’Asteroid City était un grand film, passionnant à analyser (un article complet sortira le mois prochain sur mon analyse du long-métrage), dans lequel le style de Wes Anderson était au service d’un regard plus important sur l’art, le deuil et la vie, un film dans lequel le réalisateur jouait avec le spectateur et parvenait à toucher au coeur ceux ciblés par son film, ce nouveau long-métrage reprend une narration plus linéaire, bien qu’en allé-retours, film d’aventure exige. Une question se pose alors, Wes Anderson sait-il encore faire ce qu’il était parvenu à créer dans son précédent film, à savoir une alliance entre style et substance ou tombe-t-il cette fois-ci dans ce que dénonce depuis déjà deux long-métrages ceux fatigués par le réalisateur ? C’est à cette question que je vais tacher de répondre dans cette critique de The Phoenician Scheme, film écrit et réalisé par Anderson, d’après une histoire d’Anderson et de Roman Coppola, éclairé non par l’habituel chef-opérateur d’Anderson, Robert Yeoman, mais par Bruno Delbonnel, chef-opérateur de Tim Burton et des frères Cohen, et au casting mêlant habitués du cinéaste tels Benicio Del Toro (Sicario, D. Villeneuve), Tom Hanks (Forrest Gump, R. Zemeckis), Bryan Cranston (la série Breaking Bad de Vince Gilligan), Mathieu Amalric (Le grand bain, G. Lellouche), Jeffrey Wright (The Batman, M. Reeves), Scarlett Johansson (Lost in Translation, S. Coppola), Benedict Cumberbatch (Imitation Game, M. Tyldum) et Bill Murray (Un jour sans fin, H. Ramis) ainsi que de nouveaux visages tels Mia Threapleton (Le jeu de la reine, K. Aïnouz), Michael Cera (Scott Pilgrim, E. Wright) et Riz Ahmed (Sound of Metal, D. Marder). 

Qu’attend-on d’un film de Wes Anderson ? De la symétrie, ou plutôt un semblant de symétrie ainsi qu’un cadrage maîtrisé appuyé par des mouvements de caméra légers mais efficaces ? The Phoenician Scheme coche les cases sur ce point, en travaillant notamment une nouvelle fois après Asteroid City par le biais de cette fausse symétrie le véritable chaos des choses. La première scène du film par exemple voit le chaos venir déranger un semblant d’ordre bourgeois créé par le personnage de Benicio Del Toro dans son avion par le biais d’une explosion de cet avion, ramenant brutalement le sang dans le cinéma de Wes Anderson. L’on attend aussi d’un film de Wes Anderson un travail visuel intriguant, sur les couleurs, le cadre ou le découpage. Là encore, The Phoenician Scheme ne déroge pas à la règle : le choix du format quatre tiers travaille une esthétique de bande-dessinés, stylistiquement cohérente avec le choix de faire du film un film d’aventure proche des aventures de Tintin dans son approche graphique, une version plus violente de Tintin en réalité. La pastel de couleurs du film impressionne elle-aussi bien que plus sombre qu’à l’accoutumée. D’un film de Wes Anderson, on s’attend aussi à une reconstitution travaillée d’une époque ou d’un lieu. Or, que ce soit dans la reproduction de costumes ou de décors, The Phoenician Scheme impose immédiatement une ambiance bien précise, entre les inspirations de bande-dessinés ou de cartoons de Wes Anderson et un réalisme dans la représentation des différents lieux du long-métrage. Une fois encore, le cinéma de Wes Anderson parvient à nous emmener dans un monde répondant à ses propres règles que l’on accepte gentiment, le travail de représentations étant des plus efficaces. The Phoenician Scheme a tout d’un film de Wes Anderson. Est-ce pour autant que le réalisateur s’efface derrière son style et ne tombe que dans une répétition de ce qu’il a déjà fait avant ?

Voir The Phoenician Scheme de la sorte serait réducteur. Certes, que ce soit par la réalisation, la scénographie ou dans la manière de raconter, tout fait penser à Wes Anderson et il est indéniable qu’il s’agit de son film. Mais, ce n’est pas parce que Wes Anderson est parvenu à se forger son identité propre qu’il est incapable de la réinventer et c’est le cas tout le long de The Phoenician Scheme. Le réalisateur texan transporte son cinéma ailleurs, dans une dimension plus spirituelle où l’on ne l’attendait pas forcément. Le rapport à la mort du réalisateur s’intensifie : le thème du deuil, développé tout au long de sa filmographie et trouvant un point d’orgue dans Asteroid City laisse ici la place à une confrontation plus brutale à la mort elle-même, à une sorte d’acceptation de la nécessité d’une vie plus pieuse, laissant de côté le matériel pour l’humain et menant le protagoniste, immortel en apparences, dans un purgatoire où il laisse de côté ses crimes colonialistes pour essayer de les rattraper sous l’influence de sa fille, comme une révélation divine avant la fin de vie, comme une épreuve ultime pour trouver sa place au paradis. 

Ce rapport divin qu’entretient The Phoenician Scheme se retrouve dans une manière très artistique de filmer le Paradis, touchant du sublime selon Kant, représentant ce qui nous dépasse avec tout ce que le cinéma nous laisse à notre disposition pour mettre en avant ce dépassement. Ainsi, le purgatoire est représenté dans un noir & blanc plus morne que dans les autres films d’Anderson, par des images en négatif ainsi que par un aspect carton-pâtes assumé, notamment dans l’accoutrement de Bill Murray. Visuellement, le long-métrage impressionne dans cette vision de l’au-delà et du sublime mais pose question sur ce rapport religieux comme réponse aux choses, liant un conservatisme à un autre d’une certaine manière. 

Dès la première scène du film, le changement de registre est annoncé : The Phoenician Scheme sera violent et morbide ou ne sera pas. Cette violence n’empêche pas pour autant des passages comiques au sein du long-métrage, on notera notamment le travail humoristique visuel passant par une alliance entre mouvements de caméra et point de vue personnel du personnage ou une manière de filmer les scènes d’action assumant un certains cartoonesque, rendant les personnages ridicules et participant ainsi au regard cynique du réalisateur sur ce qu’il filme. Toutefois, toutes ses tentatives d’humour ne fonctionnent pas : l’ambiance cynique et morbide du film empêche certaines blagues de faire mouche, notamment la scène de basket-ball improvisé qui ne décolle pas, l’aspect mortifère du film et la direction d’acteurs, qui jusque là dans la filmographie du texan offrait un contraste entre le jeu et l’univers, empêchent cette scène de marcher comme elle le souhaite, la faisant apparaît plutôt  comme un ralentissement dans l’intrigue.
Cette violence du film est mise en avant par la musique d’Alexandre Desplat, apparaissant comme une évidence : le compositeur capte le retour de la violence chez le cinéaste et réussit à la lier avec une certaine poésie propre au cinéma de Wes Anderson. On en vient à regretter l’abandon des compositions de Desplat pour les remplacer par de la musique classique moins originale. 
Ainsi, Wes Anderson emmène son style ailleurs dans The Phoenician Scheme, ne répétant pas son propre cinéma mais cette nouvelle manière de conjuguer son cinéma crée quelque chose de froid et de désagréable où l’histoire apparaît plus comme prétexte qu’auparavant : le début du film présage son intégralité, liant trois univers comme des saynètes à l’image du long-métrage, liant les différentes péripéties sans parvenir à les rendre organiques les unes aux autres. Ce renouveau du cinéma de Wes Anderson se montre mortifère et peine à retrouver le cœur de ses précédents films.

Si la famille est un thème centrale du cinéma, notamment un thème au centre de la compétition cannoise de 2025 où Valeur Sentimentale de Joachim Trier traitait aussi de ce thème, Wes Anderson en a fait un thème au centre de sa filmographie, l’exemple le plus réussi étant La famille Tenenbaum. Ici, les réflexions du cinéaste sur le cadre familial se poursuivent, notamment celles sur la possibilité du pardon. Le cinéaste voit dans son personnage principal la possibilité de s’améliorer, la possibilité d’être pardonné en faisant un effort. Cette réflexion s’accompagne d’un regard cynique sur le monde, notamment sur le colonialisme profitant de l’esclavage ou encore d’un capitalisme se moquant du vol des individus du moment que le décor matériel n’est pas abimé. Les personnages les plus intéressants du film sont d’ailleurs les terroristes communistes pacifiques, filmés avec sympathie, ainsi que celui de Michael Cera amenant un humour bienvenu. Toutefois, aucun personnage ne ressort véritablement du long-métrage : de par le style mortifère choisi, Wes Anderson semble ne plus parvenir à développer ses personnages, les personnages secondaires n’étant plus que des prétextes. Certes Anderson transforme avec brio les célébrités en individus renvoyés à leur statut de simples mortels, ce qui est d’ailleurs magnifique dans la gestion des acteurs du cinéaste, les personnages sont cette fois-ci creux et relativement superficiels. L’enregistrement constant des protagonistes en train de se morigéner les uns les autres au nom de morales individuels et via des dialogues pas toujours bien écrits finit par lasser et par fatiguer alors que ce choix participait habilement à l’ambiance du début du long-métrage. Paradoxalement à la force du style de Wes Anderson, qui jusque là lier habilement paroles et images, The Phoenician Scheme fatigue aussi par la permanence plombante et complexifiante de causeries des personnages.

Pour finir, j’aimerais revenir sur l’ensemble que forme le casting de The Phoenician Scheme, continuité parfaite de The French Dispatch et Asteroid City dans la qualité du réalisateur à transformer en ensemble égalitaire les célébrités jouant dans son film. La popularité et le culte des stars craint par Walter Benjamin dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique s’efface totalement du cinéma Andersonien actuel, les acteurs deviennent leurs personnages et ne sont pas sublimés mais apparaissent mortels, au sein d’un ensemble, d’un groupe dans laquelle l’égo n’existe plus : les personnalités s’affrontent sans qu’un culte autour d’elles n’existent. Même dans son paradoxe, The Phoenician Scheme montrant le plaisir du réalisateur à filmer Benicio Del Toro, l’acteur reste appartenant à ce groupe, mis au niveau des autres : son talent est rappelé mais il n’est pas pour autant rendu culte. Ainsi tout le monde réuni autour du réalisateur se donne à cœur joie, appartenant à un ensemble, à une troupe acceptant de mettre sa célébrité à la porte, dans un film où Benicio Del Toro rappelle son talent, où Michael Cera apparaît comme une évidence dans la filmographie du réalisateur texan, comme un mélange entre ce qu’ont été chez Anderson Owen Wilson et Bill Murray, tandis que Mia Threapleton possède certaines des répliques les plus intéressantes. 

En conclusion, si The Phoenician Scheme est un pur film de Wes Anderson par ses thématiques, ses mouvements de caméra, son casting ou encore sa fausse symétrie habituelle, le long-métrage transpose l’univers du réalisateur là où l’on ne l’attendait pas. The Phoenician Scheme n’est pas, alors qu’il conserve tout ce qui fait la cinématographie de Wes Anderson, une banale répétition de son style. Sans réussir pleinement à allier style et substance, le réalisateur est loin de se répéter, mettant sa prose cinématographique dans un monde plus morbide et violent que précédemment, où le sang a toute sa place et le regard cynique sur le monde (capitalisme et colonisation) englobe l’œuvre dans un ensemble malheureusement trop mortifère, laissant l’émotion s’en aller. Là où Asteroid City faisait preuve de cœur, The Phoenician Scheme, malgré toutes ses qualités techniques et la réinvention du cinéaste, laisse envisager une pente morbide et mortifère du réalisateur où le cynisme et le froid prennent la place à l’émotion et à l’amour envers ses personnages. Wes Anderson n’y est pas encore, mais plusieurs éléments de The Phoenician Scheme semblent présager ce virage dans la carrière du réalisateur texan. De The Phoenician Scheme et de ce regard sur le monde restera surtout un paradoxe chez Anderson qui se montre plaisant à voir, sa passion à transformer en troupe égalitaire des célébrités (Tom Hanks, Scarlett Johansson, Bryan Cranston) qui s’accompagne ici d’une envie folle de filmer Benicio Del Toro, le laissant révéler l’entièreté de son talent, chose qu’il n’a fait que rarement, The French Dispatch de Wes Anderson étant d’ailleurs le premier exemple qui me vient en tête. Une nouvelle fois, si une chose est réussie dans un Wes Anderson c’est bel et bien la gestion des acteurs, rares étant les réalisateurs états-uniens actuels capables de les faire former un tout où l’égo de chacun disparaît mais parvenant aussi à rappeler le talent d’un acteur mésestimé.


Sources :


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