Critiques de films

Après un mois de mars dans la continuité de février, et donc au box office faiblissant, avril se stabilise avec une baisse de 1.1% d’entrées par rapport à avril 2024 (11.79 Millions d’entrées contre 11.90 millions en 2024). Quelques succès sont toutefois sortis. Le box office du mois est marqué par la continuité de la bonne performance de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan mais surtout par le succès de Sinners de Ryan Coogler et par le raz-de-marée Minecraft de Jared Hess. 

En avril sont sortis en France le documentaire de Guillaume Brac présenté à Cannes l’an dernier, Ce n’est qu’un au-revoir, les comédies françaises Le routard de Philippe Mechelen, L’amour c’est surcoté de Mourad Winter, Le mélange des genres de Michel Leclerc et Mikado, comédie dramatique de Baya Kasmi.
Côté films venus des Etats-Unis, sont sortis ce mois-ci Les linceuls de David Cronenberg, Minecraft de Jared Hess, Until Dawn de David F. Sandberg ainsi que le nouveau film Marvel, Thunderbolts* de Jake Schreier. Du niveau du cinéma d’animation est sorti le nouveau Dreamworks, Dog Man de Peter Hastings tandis que sur Netflix, le réalisateur Gareth Evans a fait son retour avec le film d’action Havoc avec Tom Hardy.  
Par manque de temps ou d’envie, je n’ai guère vu Minecraft, Le routard, le mélange des genres, Until Dawn, l’amour c’est surcoté, Havoc, les linceuls et Thunderbolts*.


Mikado de Baya Kasmi
Mikado est un film plat qui se veut vivant. Organisant sa réalisation autour de sa narration, le film n’arrive jamais à s’envoler, restant au premier niveau de sa volonté : la description.
Le film passe sans que les personnages ne gagnent en intensité, leur développement étant dévoilé très (trop) tôt et les rares scènes parvenant à en faire quelque chose tombant dans une gênance maladroite n’offrent ni un sentiment de gêne volontaire ni un aspect humoristique, mais restant au niveau premier de la gêne, un malaise embarrassant que la caméra, trop loin des personnages, ne sait sauver.
Des personnages creux empêchent donc le film de gagner en intensité, personnages dont les problèmes internes restent trop internes, la caméra elle-même ne cherchant pas à s’y attarder, prolongeant cette sensation de survol.
Le casting n’y peut rien, faisant de son mieux mais condamné par l’aspect plat du long-métrage à ne pas offrir de réelles intensités.
Pourtant le sujet même du film aurait pu donner quelque chose de mieux, quelque chose aperçu dans de brefs moments où le film évite la maladresse.
Toutefois, la réalisation offre des plans jolis et parfois significatifs, montrant la richesse visuelle du sud de la France accompagnée d’une musique bien amenée et suffisamment douce pour faire oublier quelques secondes les défauts amenés par le film jusqu’à présent.

Dog Man de Peter Hastings
Si Dog Man n’est en rien révolutionnaire sur les plans visuels ou narratifs, le film confirme la volonté de Dreamworks de s’affirmer en nouveau géant de l’animation US, profitant du ventre mou artistique de Disney. La stratégie de Dreamworks, alternant films relativement matures (Chat Potté 2, le robot sauvage) et films assumant de parler à un public enfantin mais le faisant avec soin (Les bad guys, Dog Man) fonctionne tout à fait, le studio répondant à ses ambitions, qu’elles soient faibles ou élevés, par une attention similaire.
Dog Man, narrativement faiblard, se révèle par une inventivité visuelle, non extraordinaire, mais à l’esthétique suffisamment travaillée et marquée pour plaire. Dog Man assume son parti pris de bande dessinée animée dans ses gags visuels tandis que quelques détournements cinématographiques (les Split screen) parviennent à sublimer le style général.
Des problèmes de rythmes, due à un scénario se perdant dans des scènes dispensables, ralentissant l’intrigue et perdant l’attention du spectateur.
Au lieu d’emmener vos enfants voir une catastrophe industrielle telle Minecraft, privilégiez Dog Man, film mignon étant ce qu’il est, ne cherchant pas à être plus, mais réussissant globalement à être ce qu’il veut.

Affiches des films traités dans l’ordre des critiques

Sinners de Ryan Coogler
Sinners est le premier film de Ryan Coogler hors MCU depuis dix ans et Creed, et premier film issu d’aucune franchise depuis 2013 et son premier long-métrage Fruitvale Station. Le réalisateur s’attaque à un projet ambitieux, un film sur l’histoire d’une communauté afro-américaine dans les 1930 au sein d’une Amérique marquée par la ségrégation, tout en touchant au mythe des vampires dans un long-métrage ressemblant à une version décoloniale d’Une nuit en enfer de Robert Rodriguez.
Si l’on pouvait imaginer un film sans subtilité et confus sur la question du racisme en faisant des racistes des vampires, il n’en est rien. Le long-métrage se montre plus malin que cela, séparant les deux aspects pour accentuer sur les difficultés vécues par les personnes noires aux Etats-Unis à trouver leur place, tout en s’en prenant au racisme malheureusement toujours omniprésent dans les Etats-Unis de 2025. L’aspect décolonial du film se retrouve principalement dans son rapport à la musique et à la culture des individus, culture que la colonisation a voulu détruire afin d’imposer la sienne. Coogler revient sur l’importance de cette culture, sur la force de cette culture en la mettant en avant de manière cinématographique, notamment dans une scène musicale où le personnage de Sammy chante du blues tandis que la caméra passe entre les personnages et mélange les époques, sublimant la reprise d’un héritage culturel, sa réappropriation par ceux à qui cet héritage appartient. Passé, présent et futur se mélangent pour ne faire plus qu’un dans une logique décoloniale de reprise de sa culture, rendant aux afro-américains la magie de leur art en opposition à ce que la colonisation a voulu transformer en diable. Cette scène à elle seule représente toutes les réussites du film, tout le message de Coogler tentant dans ces quelques minutes de cinéma.
Dans sa réalisation générale, ce sont bien les passages musicaux que Coogler sait le mieux mettre en scène : il arrive à leur insuffler du souffle et à travailler sa narration en logique avec le rythme de la musique, toutes ses idées de réalisation se retrouvent ici. En revanche, le reste du long-métrage tient sur une réalisation plus classique trop théorique, rabâchant par les dialogues des éléments que l’image peut parfaitement faire comprendre. Sinners peine par son rythme, sa première partie se montre trop longue tandis que la seconde est trop succincte, seul un affrontement avec les vampires se produit avant la fin du film, fin trop abrupte et décevante, montrant une retombée dramatique trop abrupte que seule la scène post générique, véritable scène finale permet de rattraper sur les plans narratifs, thématiques et émotionnelles (d’où la question suivante : pourquoi en faire une scène post générique ?). Autre souci narratif, les capacités de Coogler à développer des romances solides, se limitant à des amours passés pour éviter d’avoir à construire l’amour, et à créer des personnages féminins complets et développés. Malgré ça, Sinners est un film solide bien qu’entravé par différents problèmes, accompagné d’un véritable propos sur les Etats-Unis, d’avant et d’aujourd’hui.


Panorama du Live-Action Animation

En novembre 2023, le film Coyote vs Acme, nouveau film Looney Tunes voyant les personnages interagir avec le monde réel, voit non seulement sa sortie en salles annulée mais sa possibilité tout court d’être révélée au public supprimée, Warner Bros. et son PDG David Zaslav ayant décidé d’annuler le film déjà tourné afin de recevoir une réduction de taxe. Suite à des manifestations sur les réseaux sociaux de personnes s’indignant de l’annulation d’un film déjà tournés dans un but purement commercial (Warner l’ayant aussi fait avec deux autres films, Batgirl et la suite du film d’animation Scoob), Warner annonce chercher à vendre le film à d’autres distributeurs. En février 2024, The Wrap révèle que Warner n’a aucune intention de vendre le film, en demandant bien trop chère par rapport au coût du film. De février 2024 à mars 2025, le film était dans les placards de la Warner, l’espoir de le voir sortir étant de plus en plus faible. Toutefois, le 31 mars 2025, Ketchup Entertainment, société de distribution ayant déjà racheté un film Looney Tunes abandonné par la Warner (The Day The Earth Blew Up, sorti en France en février 2025) acquiert les droits du film pour 50 Millions de dollars et annonce le sortir au cinéma en 2026. Ce long-métrage est réalisé par Dave Green (Ninjas Turtle 2) mais surtout écrit par la nominée aux oscars Samy Burch (May December  de Todd Haynes) d’après une histoire d’elle, de James Gunn (Les gardiens de la galaxie) et de Jeremy Slater, basée sur un article du New-Yorker de 1990 écrit par Ian Frazier.
Le sauvetage en cette fin mars 2025 du film me semble l’occasion de revenir sur l’un des éléments importants de ce long-métrage, le mélange entre prises de vues réelles et animation, technique portant sobrement le nom de Live-Action Animation. 

Le panorama de la technique que je vais développer ici est non-exhaustif, plusieurs films l’employant échappant à mes connaissances. Je compte dans cet article revenir de manière succincte sur différents emplois de la technique à travers des exemples artistiques d’un point de vue chronologique dans une première partie puis une analyse légèrement plus poussée de son emploi technique dans Qui veut la peau de Roger Rabbit et artistique dans Wall-E. Bien que les publicités, notamment celles des céréales aient une importance dans le développement de cette technique, elles ne sont point le sujet de cet article.
Le Live-Action Animation est une technique consistant à instaurer des éléments en prise de vues réelles dans des films d’animation ou inversement. 

Out of the Inkwell

Les prémices de la technique remontent à 1900 avec le film The Enchanted Drawing de J.S. Blackton. Dans ce film, le réalisateur dessine sur une toile des éléments animés qui deviennent réels lorsqu’il les fait sortir du cadre (une bouteille notamment). Si ce film contient déjà les prémices de la méthode, voyant une certaine interaction entre éléments animés et éléments réels, il faudra attendre 1918 et la série Out of the inkwell de Max Fleischer (inventeur de la rotoscopie moderne, connu aussi pour la série d’animation Superman entre 1941 et 1942) pour reconnaître la méthode telle qu’on la connaît aujourd’hui. Dans cette série ayant durée jusqu’en 1929 et mettant en scène les personnages de Betty Boop et Koko le clown, des personnages animés se baladent au sein de décors en prise de vue réelle. 

Alice Comedies

Pour voir l’inverse, à savoir des personnages en prise de vue réelle dans des décors animés, il a fallu attendre 1923 et la série Alice Comedies de Walt Disney, série ayant durée jusqu’en 1927. 
Si l’impact de Walt Disney sur le cinéma est aujourd’hui bien connu, celui de Max Fleischer l’est moins alors que l’animateur et directeur de studios est l’un des précurseurs du mélange entre animation et live-action, de la rotoscopie et des films d’animation en général. Il est toutefois toujours bon de rappeler que Fleischer comme Disney étaient des directeurs de studios d’une époque dans laquelle sévissait la ségrégation, ne l’ayant jamais remis en question et ayant contribué à l’instauration de clichés racistes dans leurs courts-métrages. 

Par la suite, différents réalisateurs et studios ont travaillé sur cette technique. En 1944, le classique Disney Les trois caballeros, suite de Saludos Amigos (qui utilise aussi le procédé) voit Donald Duck découvrir grâce à ses amis José Carioca et Panchito Pistoles le Brésil et le Mexique. Cette découverte des deux pays d’Amérique latine s’accompagne par des scènes dans lesquelles le trio danse aux côtés d’actrices en prises de vue réelles. Étonnamment, ces films ne sont pas les seuls dans lesquels la thématique de la danse permet de lier Live-Action et Animation : Escale à Hollywood, ou Anchors Aweigh en version originale, de George Sidney, sorti en 1945, est principalement connu pour sa scène dans laquelle Gene Kelly danse aux côtés de Jerry de Tom & Jerry. Cette scène a été réalisée en rotoscopie.
Plusieurs cartoons, dont Rabbit Hood de Chuck Jones en 1949 ont mélangés l’animation et le live-action à travers de simples champs contre-champs, le champ étant en animation, le contre-champ, dans le cas de Rabbit Hood, étant un extrait du film Robin Hood de Michael Curtiz sorti en 1938, donnant l’impression d’un dialogue entre Bugs Bunny et Robin des bois.

Le Live-Action Animation connaît ensuite des emplois artistiques notamment dans Vertigo d’Alfred Hitchcock en 1958 , film dans lequel l’animation sert à illustrer, au sens littéral, les rêves du protagoniste. Dans Monty Python : Sacré Graal de Terry Jones et Terry Gilliam en 1975, l’emploi de l’animation permet de représenter visuellement l’atmosphère absurde et surréaliste voulue par les humoristes : Dieu est notamment représenté en animation tout comme les éléments les plus fantastiques du film, de manière entièrement assumée afin de faire ressortir l’aspect dada du film par son absurdité comique et visuelle.

Mary Poppins de Robert Stevenson, sorti en 1965 en France, emploie aussi le mélange entre animation et live-action pour favoriser un rapport du cinéma à l’art pictural : les personnages rejoignent un monde animé en rentrant dans un tableau. Dans ce tableau, la dimension fantastique de la situation est entièrement assumée, ne cherchant guère un quelconque réalisme mais montrant la scène comme une échappée fantastique et magique pour les personnages. 

Les looney tunes passent à l’action

Suite à Qui veut la peau de Roger Rabbit en 1988, plusieurs films ont essayé de reproduire la formule du film de Robert Zemeckis sur lequel je vais revenir juste après. En 1992, Ralph Bakshi réalise Cool World un film suivant un dessinateur se retrouvant dans le monde qu’il a créé. Si Qui veut la peau de Roger Rabbit, tout en étant un film pour enfant, se permet des références sexuelles, Cool World semble ne retenir que ça du film de Zemeckis. En 1996, la Warner sort en salles Space Jam de Joe Pytka, mélangeant les Looney Tunes et la star du basket Michael Jordan. D’abord une pub pour Nike, le projet devient un long-métrage sous l’impulsion du basketteur qui va aller jusqu’à raconter des détails personnels dans le film. Space Jam. Sans être une réussite, le film étant avant tout un film sur Michael Jordan plus qu’un film sur les Looney Tunes, Space Jam reste un divertissement correct, ce que ne sera pas sa suite. Mais avant de revenir sur Space Jam : une nouvelle ère, grand pub cynique de la Warner, un autre film avec les Looney Tunes mélangeant animation et live-action a vu le jour en 2003 : Les Looney Tunes passent à l’action de Joe Dante. Le réalisateur des Gremlins emploie dans le film des images de synthèse pour représenter les personnages et leurs environnements. Si le passage destructeur de la Warner a fortement affecté le film, le réécrivant constamment, d’où l’intrigue trop simpliste qui ne sait pas où aller, et retirant toute liberté au réalisateur, le film reste un véritable plaisir à regarder grâce à la folie de Dante qui peut s’apercevoir par moments et sa capacité à résister suffisamment afin de conserver les Looney Tunes cohérents avec eux-mêmes. 18 ans plus tard, les Looney Tunes reviennent au cinéma avec Space Jam 2 de Malcolm D. Lee, film sans âme dans lequel le numérique a remplacé le travail artistique et dans lequel tout est bon pour faire la pub des projets de la Warner, notamment par des références devenues has been et ne sachant pas à qui s’adresser. Le dernier film sorti à avoir mélangé personnages issus d’un monde animé à personnages en live action est Tic & Tac : les rangers du risque de Akiva Schaffer, réponse de Disney au Space Jam 2 de Warner, un brin moins cynique. 

Pleins d’autres films ont en soi employés la technique depuis, les plus évidents sont notamment la trilogie Sonic mais n’importe quel film employant de la performance capture ainsi que des personnages en images de synthèses est un film utilisant du live-action animation, de manière moins assumé certes mais l’employant tout de même : on peut par exemple noter les Avatar de James Cameron, les derniers Star Wars ou bien la majorité des films de super-héros récents. 

Spider Man : Across the spider-verse

Concernant l’emploi de live-action au sein de films en animation, si Wall-E est l’exemple le plus intéressant, il n’est pas le seul à l’avoir fait au cours des vingt dernières années. En effet, Disney avait déjà tenté d’introduire des éléments en prise de vue réelle dans ces projets d’animation, notamment dans Lilo et Stitch en 2002, film réalisé par Chris Sanders et Dean DeBlois. Ici, l’emploi du live-action animation se fait discret et dans un but comique, un personnage regardant dans son appareil des images montrant la terre, notamment les moustiques. Le réalisateur australien George Miller (Mad Max) a lui aussi travaillé ce rapport entre les deux médiums dans son film d’animation Happy Feet : dans le film, les humains sont représentés en prise de vue réelle tandis que les animaux sont en animation 3D. L’exemple le plus récent est Spider-Man : Across the Spider-Verse de Joaquim Dos Santos, Kemp Powers et Justin K. Thompson. Ce film se sert du mélange des différents styles d’animation (animation stylisée, animation 3D ou encore stop-motion) pour représenter le multivers. Afin de mieux encore faire comprendre ce principe, les réalisateurs ont insérés dans le film des extraits des films spider man en live-action (la trilogie de Sam Raimi, les The Amazing de Marc Webb et la version du MCU signée Jon Watts) mais aussi un extrait du film Venom ainsi qu’une apparition d’un Donald Glover en chair et en os à côté de personnages animés. 

Ce panel rétrospective de l’histoire du Live-Action Animation à travers ces exemples les plus importants étant terminés, je vais dorénavant revenir sur les deux films employant le mieux cette méthode selon moi : Qui veut la peau de Roger Rabbit et Wall-E.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? de Robert Zemeckis

Qui veut la peau de Roger Rabbit est un film de Robert Zemeckis, réalisateur états-unien connu pour ses tentatives d’expérimentations visuelles au sein de blockbusters. Il a notamment réalisé l’an dernier Here dans lequel il racontait une histoire décousue se déroulant sur plus d’un siècle, en posant sa caméra à un seul endroit tout le long du film, ne dérogeant jamais à cette règle esthétique du placement unique. Il a notamment travaillé avec l’intelligence artificielle sur le film pour rajeunir ses acteurs donnant un rendu souvent loupé. Il est aussi connu pour ses expériences de films d’animation en image de synthèse durant les années 2000 (le pôle express, Scrooge, Beowulf) qui n’ont pas spécialement bien vieilli. Dans Forrest Gump, il s’amusait à faire interagir Tom Hanks avec des personnalités politiques des années 1960 en l’incrustant dans des vidéos de l’époque, ce qui a en revanche bien vieilli. Ses films les plus connus restent la trilogie Retour vers le futur. Au vu des nombreuses tentatives de Robert Zemeckis, ce n’est pas étonnant qu’il soit le réalisateur derrière le premier long-métrage faisant coexister en permanence personnages animés et personnages réels. 
Le film suit l’enquête du détective Eddie Valiant pour innocenter le toon acteur Roger Rabbit du meurtre de Marvin Acme. Le film mélange différents univers de cartoons : Looney Tunes, Disney, Betty Boop, Koko le clown, Droopy ainsi que des personnages originaux (Roger, Jessica, Herman) : les toons sont des acteurs pour la grande majorité. Il se base sur un roman de Gary K. Wolf, bien plus sombre que le film. 
Suite au rachat des droits du livre par Ron Miller, directeur général de Walt Disney Productions, une longue période de préproduction tumultueuse s’ensuit. Une pré production chaotique qui prendra la direction du film tel qu’on le connaît aujourd’hui qu’à l’arrivée de Steven Spielberg à la production et Robert Zemeckis à la réalisation. Le duo producteur / réalisateur s’approprie pleinement le projet, le rendant plus personnel. Spielberg permet par son statut de producteur exécutif de garantir à Robert Zemeckis le montage final. 

C’est notamment grâce aux publicités Fanta dans lesquelles apparaissent les personnages Disney que le projet fut lancé définitivement : la technologie permit dans ses publicités confirmant Zemeckis et Spielberg de la faisabilité du film.
Les plans étaient tournés deux fois : une première fois avec des marionnettes permettant aux acteurs de connaître l’endroit où sont placés les toons, une seconde sans les marionnettes dans lesquelles les acteurs doivent se souvenir de l’emplacement des marionnettes pour planifier leurs mouvements. Ensuite le film a été monté entièrement puis une fois le montage fini, les images dans lesquelles les toons sont censés être présents ont  été imprimées et envoyées aux animateurs qui s’en sont servis comme modèle pour dessiner et animer les personnages. Ils ont aussi ajouté des effets de lumière pour accentuer l’impression que les toons interagissent avec la scène, ont ajouté du scintillement sur la robe de Jessica à sa première apparition, ou ont mis Dumbo derrière un rideau qui était en prise de vues réelles. Robert Zemeckis et son équipe ont, pour donner aux toons une épaisseur et permettre une meilleure crédibilité à leurs interactions avec les humains, briser les règles jusque là établis du Live-Action Animation. En effet, le film travaille les ombres des personnages animés pour leur offrir une substance, se permet des mouvements de caméra pour leur donner une épaisseur et se permet des plans rapprochés pour augmenter le réalisme (les gros plans au cinéma étant essentiels, permettant de capter l’émotion des personnages, de révéler leurs émotions et leurs passions internes selon Béla Balazs). 
Les bureaux d’animation se trouvaient à Londres, offrant plus de liberté aux animateurs et leur superviseur, Richard Williams qu’à Los Angeles où ils auraient été plus surveillés par Disney. 
Le travail a demandé énormément de temps aux dessinateurs, tout ayant été fait à la main, d’autant plus que les objets avec lesquels interagissent les toons étaient de vrais objets ce qui demandait un travail d’animation très minutieux. Il a fallu quatorze mois pour animer l’ensemble du film. Un travail assez impressionnant permis grâce au temps donné aux animateurs, un temps qui serait aujourd’hui une anomalie quand on voit le faible temps que laisse Disney, ainsi que d’autres studios, aux travailleurs des effets spéciaux pour terminer les films. 
Par son emploi de la technique, cohérente avec le scénario même du film, Qui veut la peau de Roger Rabbit est un film métadiscursif sur le rapport de Hollywood à l’animation mais aussi à ses acteurs. 

Wall-E d’Andrew Stanton

Le film : Wall E est un film d’animation en images de synthèses de Andrew Stanton sorti en 2008. Il s’agit d’un film Pixar, le premier à contenir des images en prises de vues réelles (des extraits de films ainsi que des scènes dans la diégèse du film). Il s’agit d’un film original, chose aujourd’hui très rare de la part de Pixar. Le film était en préparation depuis les années 1990 mais Pixar repoussait toujours sa sortie par peur que le public ne soit intéressé par un robot muet en héros. Pour animer le robot, les équipes d’animation ont dû regarder tous les jours pendant un an des films de Chaplin et Buster Keaton. 
Le personnage de Wall-E regarde notamment le film Hello Dolly, comédie musicale de 1969 réalisée par Gene Kelly. 
Le choix de ce film en live-action va dans le sens général du film sur l’humanité, en particulier sur la recherche de l’humanité. En effet, employer un extrait en live-action accentue le rapport du personnage de Wall-E à l’humanité, sa création d’émotions humaines et sensibles, notamment l’amour. En employant une scène issue d’un film en animation, Andrew Stanton accentue le lien du personnage à l’humanité, ne se contentant pas de représenter une imitation de la vie humaine en animation mais montrant un extrait des capacités artistiques et émotionnelles de l’être humain réel. 
Dans Wall-E les humains habitent dans une station spatiale où ils sont infantilisés, où ils ne font plus rien à l’exception de consommer, ne cherchent plus à découvrir de nouvelles choses ou à créer quoi que ce soit. Ils se laissent guider par des machines, elles-mêmes exploitées par une machine missionnée par l’homme responsable de la destruction de la Terre et de la fuite des humains. Si le réalisateur décide de se servir d’éléments en prise de vues réelles, c’est afin de représenter la progression des humains, de plus en plus infantilisés et statiques, se laissant contrôler par un système les contrôlant, les laissant dans l’ignorance. Le passage d’humains en prises de vues réelles à personnages en animation représente cette idée : l’évolution de l’espèce humaine va vers l’animation, montrant la perte d’une partie d’eux-mêmes, à savoir leur humanité. Les humains dans Wall-E sont dépendants des robots, ne cherchent plus à se cultiver, à profiter des autres ou des petites choses du quotidien ni à se rebeller contre leur système : ils sont endoctrinés et réduits à un état presque animal, ils ne sont plus humains, leurs vies se limitent à consumer. 

On peut voir que la Terre, avant les actes des humains ayant mené à sa destruction, est représentée en live action dans le film alors que sa représentation à l’époque des personnages, à savoir une terre détruite et où la vie est impossible, est représentée en animation. Plus que de représenter l’humanité, le live action dans Wall-E serait utilisé pour représenter la vie elle-même. Le capitaine dit d’ailleurs lorsqu’il se révolte contre le robot représentant le système aliénant les humains dans la station spatiale : “je ne veux plus survivre, je veux vivre”. Les personnages, tout comme la terre, ont perdu ce qui les rendait vivants, pour les personnages leur humanité et leur capacité d’agir, l’animation vient représenter ça : tout est dorénavant artificiel. L’humanité a détruit la planète via le consumérisme et un système capitaliste dominant qui, au lieu de changer car impossible de répondre aux catastrophes écologiques à venir, à persévérer en prétendant sauver la planète mais en accélérant sa destruction conduisant les humains à suivre (ce que critique le film). En détruisant la planète, l’humanité s’est détruite elle-même, devenant des êtres artificiels dépendants des robots, continuant à vivre au sein d’un système consumériste inchangé et incapables de se soulever face à ce système aliénant. 
Wall-E se sert donc du mélange des techniques afin d’accentuer la quête d’humanité générale du film mais aussi pour nous rappeler que nous, spectateurs contemporains, autant en 2008 qu’aujourd’hui, vivons dans le système qui conduira à la perte de notre planète mais aussi de notre humanité, conduisant à notre aliénation par la consommation de masse (on pourrait d’ailleurs lier ceci à la théorie de Guy Debord concernant la société du spectacle ainsi qu’à celles de Theodor W. Adorno). Nous pouvons agir pour changer les choses, pour sauver notre planète et conserver notre humanité, et l’emploi du live-action animation dans Wall-E vient servir cette idée. 

Conclusion

En conclusion, le live-action animation est une technique existante depuis les débuts du cinéma, perfectionner avec les années pour atteindre son point d’orgue avec Qui veut la peau de Roger Rabbit, film métadiscursif sur le lien entre Hollywood et l’animation mais aussi sur le non respect de certains acteurs par l’industrie hollywoodienne, sans pour autant tomber dans le cynisme d’un Space Jam 2 car conçu par un vrai artiste ayant le souci du détail et les personnages qu’il présente dans le film. Le live-action animation, utilisé dans la majorité des films hollywoodiens actuels de manière cachée, permet aux cinéastes d’animation des tentatives techniques en incrustant des personnes en prise de vues réelles dans leur film, que ce soit pour représenter les multivers ou à but humoristique, mais aussi dans un but artistique comme dans Wall-E où la technique permet d’accentuer le message du film sur l’humanité. Une technique majeure ayant permis d’aboutir aux CGI tels qu’on les conçoit aujourd’hui dont l’absence de véritable nom témoigne du cynisme de l’industrie hollywoodienne à l’égard de l’animation.


Sources :


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