2024 a pris fin, l’occasion de revenir sur cette année de cinéma. Sans atteindre les chiffres pré covid, la France continue d’enregistrer de bons records d’entrées en salles. 213,2 millions d’entrées avaient été enregistrées en 2019 là où, en 2024, la France a enregistré environ 181,3 millions d’entrées sur l’année, un chiffre équivalent à celui de 2023 (entre 180 et 181 millions). Autre exploit français : la France est le seul pays au monde à voir sa fréquentation en salles augmenter par rapport à l’année 2023.
Comme en 2023, deux films sont parvenus à dépasser le milliard de dollars au box-office mondial. Si l’an dernier offrait la promesse d’un avenir loin de l’hégémonie Disney avec les succès de Warner (Barbie) et Universal (Mario Bros le film), la machine Disney a de nouveau dominé le box office avec les deux milliardaires : Vice-Versa 2 et Deadpool & Wolverine. Certes, 2023 offrait en plus grand succès des adaptations de jeux à la qualité pouvant faire débat, en particulier l’adaptation du plombier de Nintendo, voir des films qui ne sont pas des suites dominer le box office faisait du bien. Malheureusement, 2024 semble annoncer que la commercialisation de suites, plus ou moins bonnes, par Hollywood est loin de s’arrêter : outre les milliardaires, sur les dix plus gros succès américains de 2024, neuf sont des suites. Le seul film à ne pas l’être est Wicked Partie 1, adaptation de la comédie musicale de Broadway, et, d’une certaine manière, préquel au Magicien d’Oz. Un top 10 américain assez triste qui n’a pas entièrement satisfait la France. En effet, depuis 2014, la France n’avait pas cumulé autant d’entrées uniquement à partir de films français (environ 79 millions). 33 films pont dépassés le million d’entrées soit 7 de moins qu’en 2023 mais avec des scores plus impressionnants : 10 millions pour Un p’tit truc en plus, 9 millions pour Le comte de Monte-Cristo, 8 millions pour Vice-Versa 2, environ 6 millions pour Vaiana 2 tandis que L’amour ouf est proche des 5 millions, que Moi, Moche et méchant 4 et Dune 2 ont fait plus de 4 millions d’entrée et que Deadpool et Wolverine en était proche.
2024 aura donc marqué aux Etats-Unis le retour des suites, en particulier celles signées Disney tandis que la France aura décidé de mettre en avant ses films locaux, encourageant les projets ambitieux et gardant tout de même le rapport enthousiaste du public à l’égard des comédies grands publics.
Avant de passer au classement, au point du les sorties de décembre et au point sur les flops, il est toujours nécessaire de rappeler que ceux-ci ont été fait à partir de ma sélection de visionnages au cours de l’année. C’est donc un classement basé sur ce que j’ai pu voir et purement subjectif à partir des films sortis en France en 2024. Bonne lecture
Petit point sur les sorties de décembre
Par manque de temps, de visionnage et d’écriture, aucun article ne sera consacré aux films de décembre. Je profite donc de cet article bilan de l’année pour revenir rapidement sur les quelques sorties du mois que j’ai visionnées.
En termes de nombre d’entrées, la France a enregistré plus de 20 millions d’entrées ce mois de décembre, contre seulement 16 millions en 2023 permettant au total 2024 d’être supérieur à celui de 2023, malgré une première moitié d’années au nombre d’entrées assez triste.
Pour ce qui est des films qui n’ont pas été vus, j’ai omis le visionnage de Kraven the hunter, nouveau Marvel par Sony et de Mufasa, suite du remake live action du Roi Lion. Par manque de temps, je n’ai vu ni Sonic 3, ni Nosferatu, ni War of the Rohirrim, ni Planète B, ni Joli Joli ni Oh Canada.
Pour ce qui est des films vus :
Leurs enfants après eux se sauve principalement par son rythme entraînant mais le reste du film semble vain, voire problématique dans son traitement, ou plutôt son manque de traitement, des thèmes sociaux intrinsèquement liés à l’intrigue.
Conclave, l’un des favoris pour les oscars 2025 questionne sur sa place de prétendant aux oscars. Malgré la manière dont le sujet est conduit, en faisant un évènement essentiel par son montage, le film tourne à vide : la musique semble mise de manière aléatoire, ne correspondant pas à l’ambiance du film, tandis que la réalisation et le scénario se révèlent dignes d’une (bonne certes) série HBO et non d’un long-métrage de cinéma.
Wicked est ce que le cinéma grand spectacle hollywoodien devrait être dans sa norme : généreux dans son aspect fantastique, généreux dans ses chansons, virevoltant dans ses mouvements et saupoudré d’une fine nuance d’analyse sociétale, bien que comme souvent celle-ci n’est qu’en surface (bien que Wicked arrive à le creuser plus que la moyenne). Si le montage et l’éclairage viennent empêcher certaines ambitions artistiques du film, Wicked reste un blockbuster entraînant et efficace dont le plaisir ne se cache pas. L’allégorie de la dictature ainsi que le final donnent envie pour la suite.
Les femmes au balcon est un des films les plus singuliers de 2024 : Noémie Merlant en fait toujours trop, parfois dans le bon sens, mais parfois dans le kitsch ridicule desservant le propos.
Mortelle Raclette n’est pas seulement un mauvais téléfilm de Noël avec seulement trois bonnes répliques en 1h, un éclairage surexposé et une réalisation qui pense être plus que ce qu’elle est, c’est avant tout les rappels des sketchs loupés de Golden Moustache dans les années 2010, ceux qu’on a voulu oublier pour favoriser le souvenir des projets de Raphaël Descraques notamment. C’est d’ailleurs son grand frère, François (Le visiteur du futur) qui a réalisé ce téléfilm : alors que ses œuvres sur YouTube étaient dignes de la télévision, son téléfilm canal est un mauvais sketch YouTube.
Les flops
Nombreux films sont sortis en 2024 qui avaient l’air mauvais mais que je n’ai pas vu, par manque d’envie (Godzilla V Kong, Venom 3, Madame Web, Borderlands, The Crow, Cocorico, Finalement, Vaiana 2, Kraven, Mufasa, Rebel Moon 2, Miller’s Girl, Horizons) et nombreux films sont sortis, de piètre qualité, et que j’ai vu (Le procès du chien, Moi, moche et méchant 4, The Garfield Movie, Hot Frosty, Drive-Away Dolls, Le fil, Gladiator II, Megalopolis, Ghostbusters : Frozen Empire, La trilogie Justice League : Crisis on Infinite Earths , Road House, etc) mais quel serait l’intérêt d’en parler si ce n’est de dire que les films sont mauvais ? Il n’y en a pas. C’est pour cela que j’ai décidé de ne pas développer de flop 10 cette année, privilégiant la discussion autour des bons films sortis en 2024, et il y en a beaucoup.
Trop bons pour ne pas en parler
Avant d’entrer dans les mentions honorables, voici quelques films qui aurait pu figurer dans le top, ou à minima dans les mentions honorables :
- All we imagine as light de Payal Kapadia
- The Bikeriders de Jeff Nichols
- Juré n°2 de Clint Eastwood
- Nous, les Leroy de Florent Bernard
- La plus précieuse des marchandises de Michel Hazanavicius
Les mentions honorables :
- Chroniques de Téhéran, Ali Asgari et Alireza Khatami, Cinéma
En sortant de la salle de Chroniques de Téhéran j’avais été marqué par la satire offerte par le long-métrage se servant de moyens cinématographiques simples (un seul plan par séquence filmant de manière frontale les personnages) pour dire beaucoup sur la situation politique iranienne, offrant une satire politiquement forte se renforçant par le plan final, seul mouvement de caméra du film se dirigeant cette fois-ci vers un effondrement, souhait des cinéastes concernant ce régime ou crainte que ce régime ne conduise qu’à la ruine, deux interprétations possibles de ce sublime mouvement final. Toutefois, l’aspect répétitif de la forme du film ne m’avait pas entièrement convaincu. Mais en préparant le top de l’année, il m’était toujours impossible de laisser le film sortir du top 15, comme hanté par ses capacités politiques, la puissance de sa forme simpliste et sa justesse d’écriture. D’un geste simple, les réalisateurs sont parvenus à offrir quelque chose de bien plus grand, une confrontation directe par le biais de l’art au régime oppressant le peuple iranien, un geste politique de cinéma. Chroniques de Téhéran est la confirmation que ce qu’André Bazin appelé “l’image-fait” est toujours capable en 2024 de susciter un geste de cinéma réussi et de créer une émotion face aux images d’une réalité terrifiante.
- Poor Things de Yorgos Lanthimos, Cinéma
Poor Things fut le film qui a ouvert pour ma part l’année 2024 en termes de cinéma. Le nouveau long-métrage de Yorgos Lanthimos semblait d’ores et déjà offrir à cette année une perspective réussie en matière de long-métrages, perspective qui fut confirmée à maintes reprises par la qualité globale de cette année. Si le nouveau film de Yorgos Lanthimos ne vaut pas après réflexion l’excellent La favorite, son précédent film, il reste néanmoins largement supérieur en termes de qualité à son deuxième film sorti en 2024, Kinds of Kindness, film étant à la fois une continuité logique dans la carrière du réalisateur mais échouant dans tout ce que Poor Things réussissait. En effet, Poor Things joue de sa vulgarité et de sa folie pour construire un univers steampunk et servir un message, qui aurait pu être mieux construit certes mais un message sur la quête de la liberté sexuelle. Lanthimos dessert ce message à travers un univers rococo où il dévoile toutes ses capacités de réalisateur en mélangeant fisheye et autres effets de mise en scène. Poor Things est surtout, malgré ses quelques défauts, la confirmation du talent de deux artistes : Yorgos Lanthimos (talent qui s’est évadé pour le film suivant) et Emma Stone dont la folie de jeu lui a offert un oscar mérité l’an passé et dont les yeux disent toute les nuances et émotions de son personnage. Ma critique ici.
- Furiosa de George Miller, Cinéma
Neuf ans après Mad Max : Fury Road, George Miller réalise le premier spin off de sa saga lancée en 1979 avec Furiosa : a Mad Max Story. Le film suit le passé du personnage incarné par Charlize Theron dans le film précédent, cette fois-ci interprété par Anya Taylor-Joy. Si le film n’arrive pas à réussir à s’émanciper suffisamment de son aîné, tout comme l’émancipation du personnage qui repose sur un sauvetage orchestré par le héros principal de la saga, Furiosa réussit tout de même à rappeler ce qui fait un bon film d’action américain : une réalisation fluide et prenante ainsi que le développement d’un questionnement plus profond, ici une réflexion sur les mythes. George Miller reconnaît par son film savoir ce qu’il est en train de faire : un divertissement efficace avec une bonne dose d’actions et une réflexion poussant à l’analyse sur la force d’un mythe. Miller, âgé de 80 ans, offre dans sa réalisation une leçon de mise en scène d’actions et de gestion du cadre. Bien qu’en ressemblant trop parfois à un préquel, Furiosa réussit par son travail sur le son, son montage et le reste de sa technique à éblouir sur grand écran, tandis que Anya Taylor-Joy confirme son talent en peu de mots. Furiosa est un bon blockbuster qui aurait pu être mieux mais qui est tout de même très bien. Ma critique ici.
- Dune 2 de Denis Villeneuve, cinéma
Dune : Deuxième partie est le grand blockbuster américain de 2024. Réalisé par Denis Villeneuve, à qui l’on doit l’une des meilleures suites de science-fiction de ces dernières années (Blade Runner 2049), ce film est la suite de celui sorti en 2021, que je n’avais pour ma part pas spécialement apprécié, ce second opus va plus loin sur tous les points. Conservant les qualités techniques de son aîné, Dune 2 va plus loin dans ses thèmes et ses idées. Si la balance entre réalisme et fantastique du premier film n’est pas encore parfaitement équilibrée, Villeneuve semble abandonner peu à peu ce réalisme plombant pour assumer l’aspect mystique de son univers et creuser l’idée du danger du fanatisme. L’univers existe déjà grâce au film précédent, rien n’empêche cette fois-ci Villeneuve de le rendre existant : épique et questionnement sur le pouvoir, politique et religieux, ainsi que sur les prophéties et le fanatisme prennent le premier plan de ce film et se font accompagner par une réalisation au service du récit. Les personnages sont maintenant humains et la réalisation cohérente avec son univers. Si tout n’est pas encore parfait (un montage souvent trop artificiel notamment), ce Dune 2 convainc et rappelle de quoi est capable Hollywood. Plus qu’à espérer que le troisième volet, Dune : Messiah soit sur la ligne de cet opus et non du premier. Ma critique ici.
- Hit Man de Richard Linklater, Mycanal
Sorti sur Netflix dans le monde mais sur Mycanal en France, Hit Man est le nouveau long-métrage du réalisateur de la trilogie Before. Ce film est coécrit par l’acteur principal, la star montante d’Hollywood, Glen Powell. Le film emprunte à différents pans du cinéma américain, passant de la comédie romantique au film noir de première période. Linklater cherche à travailler sur l’image des acteurs à partir de ces genres. Hit Man est avant tout un film sur l’acting, empruntant d’ailleurs à Sartre ces questionnements sur l’identité et sur les masques que l’on porte. Linklater met en scène une réflexion métatextuelle, la travaillant notamment avec son montage, sur ce métier d’acteurs, sur comment prendre des rôles et arriver à trouver qui l’on est par les rôles. Le réalisateur met pour cela en scène deux acteurs montants : d’un côté Powell, jouant de son image, et de l’autre Adria Arjona, témoigne d’une force rivalisant avec le charisme de son partenaire. Si les deux n’ont pas d’oscars pour l’instant, une statuette devrait bien leur parvenir un jour. La réalisation n’hésite par à embrasser la noirceur des personnages, transformant son film noir en comédie noir. Le cinéma américain moderne est pudique, Linklater le sait et n’hésite pas à aller à contre-courant. Un petit film de cinéma américain qui aurait mérité la salle de cinéma. Ma critique ici.
Le top 10 :
Top 10 : À son image de Thierry de Peretti, Cinéma

À son image de Thierry de Peretti est un film français, tourné en Corse et premier film du top 10 à être passé par Cannes. De Peretti raconte à travers le regard d’Antonia, jeune photographe, la Corse des années 1970 jusqu’aux années 1990, mais vient surtout montrer comment la protagoniste obtient son indépendance en tant que femme dans ces contextes géo politiques différents. Comparé à Civil War d’Alex Garland sorti plus tôt cette année en raison du fait que les deux films présentent une protagoniste photoreporter observant des conflits politiques serait réducteur. Si l’on devait rapprocher À son image à des films américains récents, The Fabelmans de Steven Spielberg et The Bikeriders de Jeff Nichols seraient plus cohérents : Peretti contient dans son projet, à la manière des deux films cités, découverte d’une passion et chronique d’une époque, en particulier de la résistance corse et du rôle de la presse dans la manière de couvrir cela. Le réalisateur emploie un aspect presque documentaire pour insister sur le rôle photographique dans la retranscription d’événements mais n’oublie pas pour autant l’importance de structurer son récit comme une fiction. Car oui, le réalisateur fait le choix d’accentuer la narration autour de cette héroïne, signant ainsi une idée de lutte contre un ordre patriarcal qui cherche à enfermer la protagoniste : le rôle de son père ainsi que celui de l’homme qu’elle aime. En résulte un récit bousculant, prenant de manière progressive, sur l’importance de la vie face à la lutte politique ainsi qu’un film questionnant pleinement le rôle d’un photographe de guerre et la violence inhérente aux conflits sans jamais sombrer dans l’obscénité visuelle mais plutôt en se servant d’analogies. Le réalisateur interroge sur la quête d’un idéal, toujours remise en question et la recherche d’une utopie qui semble impossible : la mémoire hante chaque scène du long-métrage alors que celui-ci rappelle l’importance de la vie, une ambiguïté offrant à l’œuvre une certaine profondeur.
Top 9 : L’histoire de Souleymane de Boris Lojkine, Cinéma

Autre film français passé à Cannes de ce top, et non le dernier, L’histoire de Souleymane de Boris Lojkine suit l’histoire de Souleymane, jeune guinéen travaillant comme livreur Uber Eats à vélo avec un compte qu’il doit payer, se préparant à être auditionné par l’OFPRA pour obtenir sa demande d’asile à Paris. Pour incarner ce personnage, le réalisateur a choisi un acteur non professionnel, Abou Sangaré, lui-même demandeur d’asile aujourd’hui sous obligation de quitter le territoire français et dont la vie a en partie inspiré le scénario du film. L’histoire de Souleymane témoigne donc de la vie difficile de son protagoniste mais, contrairement à ce à quoi l’on pourrait s’attendre, le film ne tombe jamais dans un vulgaire pathos à la pensée unique mais cherche plutôt, tout en étant politisé et en prenant partie, à témoigner avec justesse de l’expérience de nombreuses personnes en France tout en employant les moyens cinématographiques. Dans L’histoire de Souleymane, Lojkine signe une œuvre intéressante sur l’impact du capitalisme dans le cadre des personnes étrangères travaillant en France, les maltraitant à sa manière et ajoutant des maux aux difficultés humaines qu’ils subissent déjà. Le réalisateur décide de filmer tout cela à partir d’une idée cinématographique simple : la course contre-la-montre dans laquelle le protagoniste est lancé, à savoir 48h pour se préparer à son entretien. Les scènes s’enchaînent avec rythme et violence, laissant planer un désespoir accentué par l’absence de musique, absence jouant sur la tension globale de l’œuvre, avant d’arriver à une confrontation finale plus calme, dont le résultat nous est inconnu mais dont le dernier plan laisse espérer un meilleur futur pour le héros. Le jeu d’Abou Sangaré est plein de justesse, l’acteur se servant de son expérience personnelle pour incarner ce personnage et réussit à le rendre réel, offrant une approche naturaliste au long-métrage, approche aidée par le choix de filmer l’ensemble caméra à l’épaule. Sous la photographie d’une région parisienne bleuté, jouant sur la dureté et la rapidité d’action du personnage, L’histoire de Souleymane allie politique et humanisme pour une œuvre liant documentaire et fiction.
Top 8 : The Substance de Coralie Fargeat, Cinéma

Cannes 2024 a été un festival des plus singuliers. Parmi tous les films en compétition, certains sortaient du panier par leur ambition et leur pari esthétique pouvant facilement mettre le spectateur à la marge. Entre ces Megalopolis, L’amour ouf et Emilia Perez, un quatrième film, allant encore plus loin dans ses tentatives visuelles, suscite une envie de palme pour certains et une détestation pour d’autres : The Substance ne repart pas palmer mais remporte un prix du scénario, sûrement le prix le moins mérité. Si The Substance est un film réussi, il ne l’est pas pour son scénario, efficace mais trop faible par rapport à la proposition cinématographique générale. The Substance est avant tout un film de réalisation, de réalisation imparfaite (sur explication visuelle de certains éléments et métaphores trop appuyées) mais de réalisation touchant régulièrement le grandiose dans sa faculté à traiter de l’horreur et du male gaze. En effet, The Substance constitue une métaphore filée du traitement de la femme à Hollywood à travers une représentation étrange, parfois ridicule de manière volontaire, de l’industrie Hollywoodienne, une industrie du faux ayant perdu son luxe. La femme est objet de désir, objet de regard masculin, modelée par les hommes jusqu’à devenir un monstre, monstre qu’ils vont alors renier. Fargeat dénonce cette misogynie ambiante de Hollywood par sa mise en scène, filmant le male gaze par des contre-champs sur les caméras et transformant l’univers dans lequel va évoluer Margaret Qualley en univers de faux, n’hésitant pas à tomber dans une esthétique de pub de parfum à dessein. Fargeat offre un contre point important : une reprise du corps de la femme par un travail sur le female gaze, filmant le corps de Demi Moore dans sa réalité, sans en faire un objet de fantasme ni tomber dans le misérabilisme. Fargeat fait de son film un body horror efficace, assumant d’ailleurs l’aspect grotesque de sa fin. La réalisatrice réussit à tenir une tension horrifique pendant deux heures et offre une transition dans le grotesque réussi. Si The substance manque de subtilité, le film épouse une volonté de cinéma des plus enthousiastes de 2024. Fargeat associe son féminisme à son envie de cinéma, offrant des plans titillant la rétine et donne à son duo d’actrices, Demi Moore et Margaret Qualley, une occasion de briller. Ma critique ici.
Top 7 : Miséricorde de Alain Guiraudie, Cinéma

Miséricorde est sûrement mon expérience de cinéma la plus étrange de 2024. Vendu comme une comédie, le nouveau film de Alain Guiraudie prouve une capacité constante de créer une angoisse, une inquiétude, très profonde avant de s’ouvrir entièrement au spectateur dans sa seconde partie et de commencer à faire rire par son enchaînement de situations, plus étranges les unes que les autres.
Le réalisateur Alain Guiraudie explore avec Miséricorde les thèmes de la ruralité, du rapport à la mort, et surtout du désir, faisant de son film un des plus sexuels de l’année 2024, mais jamais un des plus obscènes. Cette quête du désir, ou plutôt la venue du désir, sert l’aspect étrange du long-métrage en l’accompagnant par son protagoniste, un personnage à la fois empathique et avec lequel on est mis à distance, magnifiquement interprété par Félix Kysyl.
D’un point de vue technique, Miséricorde offre dans son image une mélancolie, encore une fois mêlée à l’étrangeté générale qui fait le film : les couleurs de l’automne accentue la noirceur de la forêt, noirceur des actes des personnages et créent l’équivalent visuel de l’ambivalence morale des personnages, du protagoniste au drôle de prêtre. Ce prêtre est d’ailleurs le personnage qui rabat les cartes du film : le faisant définitivement passé dans le genre de la comédie noire.
Miséricorde est l’un des films m’ayant le plus marqué de 2024, lui offrant ainsi de droit sa place dans le top 10. Une fois sorti de la salle, le long-métrage est resté dans ma tête un long moment, ne sachant quoi penser véritablement de l’œuvre que je venais de voir mais une chose était sûre, j’avais aimé me faire embarquer dans cette comédie inquiétante. Miséricorde est une révélation, un témoignage de sublime cinématographique qui ne se laisse pas oublier : le spirituel s’invite dans le réalisme créant un tout inquiétant et offrant un avenir possible pour un nouveau genre de comédies françaises.
Top 6 : Flow de Gints Zilbalodis, Cinéma

Si 2023 s’était montré assez décevante en termes de films d’animation (à l’exception de l’excellent film de Miyazaki, Le garçon et le héron), 2024 s’est montré légèrement plus convaincant, notamment dans ses expérimentations diverses. Parmi toutes ces expérimentations, une sort du lot : Flow.
Flow est un film d’animation en 3D réalisé entièrement sur le logiciel Blender par le réalisateur letton Gints Zilbalodis. Présenté à Cannes puis à Angoulèmes, le long-métrage expérimental, sans aucune parole, suit l’histoire d’un petit chat qui cherche à survivre face à une montée soudaine des eaux, dans un monde qui semble abandonné de l’espèce humaine. De ce point de départ, Zilbalodis va créer une histoire sur la nécessité de vivre en communauté et de dépasser ses différences, rappelant que la survie est un acte collectif et que les familles ne se forment uniquement par liens du sang. De cette lutte commune naît une fable philosophique sur la nature humaine et les liens nous unissant aux autres.
Si les discussions réelles autour du réchauffement climatique reviennent principalement à parler de la survie de notre espèce, Flow rappelle que l’espèce humaine ne sera pas la seule à souffrir des conséquences désastreuses de son action sur le climat : les autres espèces animales seront elles aussi victimes et devront trouver un moyen de survivre par elles-mêmes.
Flow oppose une eau réaliste à des animaux au style visuel purement animé. Par ce contraste, la menace de la crue du film et la nécessité de cet arche est accentuée : tout risque de s’effacer dans le figuratif face à cette montée des eaux meurtrière.
Stylistiquement proche du jeu-vidéo, Flow est le rappel de la non nécessité des paroles dans l’art cinématographique de temps en temps : tant que le son est travaillé et que l’image sait comment raconter, la réussite d’un film peut arriver. Une maestria technique ressort du long-métrage : plans séquences, mixage son prenant et fluidité de l’animation créent un rythme particulier et déconcertant, un rythme qui peut rebuter mais qui ne se fait pas oublier.
Le travail sur le son s’accorde à une volonté musicale claire : aider le contemplatif des images sans pour autant prendre le pas sur celui-ci mais en facilitant sa lecture et l’intégration narrative du spectateur.
Réussi sur la forme et sur le fond, Flow fut sûrement la plus grande surprise de l’année. Zilbalodis et son équipe sont parvenus à allier expérimentation et émotion au sein d’un très bon film d’animation. Ma critique ici.
Top 5 : Le robot sauvage de Chris Sanders, Cinéma

En 2022, un renouveau artistique dans l’animation américaine semblait en route grâce à Dreamworks et ses deux films, Les Bad Guys et Le Chat Potté : la dernière quête mais 2023 a quelque peu réduit ces espoirs à néant avec l’échec, commercial et artistique, de Ruby l’ado kraken. 2024 a prouvé que le chemin dans lequel s’aventure Dreamworks est étrange, offrant une alternance entre films corrects (La nuit d’Orion), mauvaise suite (Kung Fu Panda 4) et grande réussite épique : Le Robot Sauvage. Pour conduire cette continuation de renouveau artistique, renouveau qui se fait donc entre des projets moins réussis mais qui semble se faire tout de même, c’est Chris Sanders qui a été appelé. Adaptant un livre pour enfant de Peter Brown, le co-réalisateur de Lilo & Stitch et Dragons offre un film d’animation à la fois mature et grand public dans lequel des opossums font des blagues efficaces sur la mort. En faisant s’opposer nature et technologie, Le robot sauvage présente la possibilité d’un nouvel humanisme, un humanisme se détournant de la programmation initiale pour s’attacher aux autres, prendre soin d’eux. Le film de Sanders critique d’une certaine manière l’arrivée du transhumanisme et l’oubli de la nature au profit de la technologie, faisant l’éloge par sa réalisation d’un retour aux sources naturelles et du bien-être animal ainsi qu’à l’égard du vivre ensemble. Mais cet aspect du film ne se fait pas au profit d’une quête d’émancipation de la part du personnage éponyme, quête d’émancipation lui permettant de prendre le contrôle de sa vie jusqu’au sacrifice final. Sans tomber dans le pathos, Le robot sauvage émeut le spectateur et lui rappelle ce dont est capable l’animation hollywoodienne, lui rappelle la capacité de grand spectacle du cinéma américain, de grand spectacle cherchant à réunir avec intelligence tout en apportant poésie et philosophie dans sa trame narrative. Les thématiques de Sanders persiste dans le long-métrage, à savoir la quête familiale, quête qu’il développe déjà dans Lilo & Stitch et Dragons, mais insistant ici sur un fait plus général : la famille est partout où l’on se sent bien. Le robot sauvage ne prend jamais son spectateur pour un idiot, à l’image de la trilogie Dragons et de Le chat potté 2, les amenant au contraire dans la vie adulte en traitant de thèmes brutaux à travers une narration visuelle et auditive. Chris Sanders a prouvé être un artiste du cinéma d’animation américain, un artiste capable de convoquer l’émotion, les envolées épiques et un travail sublime sur l’animation générale. Le robot sauvage est un film d’animation touchant et prenant, traitant de la différence comme Dreamworks sait parfaitement le faire à travers des personnages attachants et hauts en couleurs.
Top 4 : Anora de Sean Baker, Cinéma

Qui allait succéder à Anatomie d’une chute et obtenir la Palme d’or 2024 dans un festival de Cannes divisant énormément la critique ? Ce festival de Cannes 2024 fut celui à la compétition la plus étrange depuis plusieurs années, une compétition dans laquelle aucun véritable favori ne semblait émerger. Finalement, c’est celui ayant le plus fait consensus qui a hérité de la palme d’or, le nouveau film de Sean Baker, première palme américaine depuis 2011. Si Anora mérite sa palme en raison de la faiblesse de la compétition face au film, le long-métrage paraît plutôt être un grand prix qu’une vraie palme, symbole de la rupture entre les attentes à l’égard du festival de Cannes et la réalité du cinéma mondial proposé aujourd’hui. Le sujet de ce festival, entre retour d’hommes dépassés par le temps et réalité sociale d’une jeunesse plus ou moins jeune mériterait un travail réflexif entier, mais c’est bien de la palme d’or dont je compte parler.
Anora parle d’une travailleuse du sexe et de l’impact du capitalisme états-uniens sur sa vie : Pretty Woman désabusée, princesse sans sa couronne, Anora embrasse sa réalité sociale et son héroïne n’est jamais filmée avec misérabilisme mais plutôt avec force. En parlant de force, celle du film est la prestation de Mikey Madison, jeune actrice dont la carrière à venir à tout pour être des plus grandes en raison de la prestation électrique de la comédienne pendant 2H20. Elle offre à Anora une profonde humanité, humanité accompagnée par la réalisation de Sean Baker, cherchant, avec difficultés par moments, d’éviter le misérabilisme et le male gaze. Si Madison porte le film, ses camarades de jeu jouent eux aussi efficacement, en particulier Youri Borissov qui réussit à raconter beaucoup avec peu de mots par ses gestes, son regard et sa sympathie.
Pendant 2H20, Sean Baker propose une étude de personnages, de l’impact sur eux du néo-libéralisme, de leur complexité d’être humain et de ce qu’ils doivent faire pour survivre. Le réalisateur le fait avec humour pendant un temps puis tombe dans la tragédie, sans oublier de garder sous le coude une gestion d’humour bien amenée, jusqu’à une fin des plus justes de 2024, une fin donnant l’espoir d’une émancipation finale ou simplement d’une communication amenant à cet espoir. Le manichéisme disparaît du long-métrage, chacun apparaît tel qu’il est, Anora la première. C’est comme celà que Baker la rend attachante et réelle. Le réalisateur-scénariste ne cherche pas uniquement à offrir un scénario juste sur l’American Dream, il cherche aussi à développer cette idée dans sa réalisation. Anora est un film visuellement réussi dont les artifices de lumière s’effacent peu à peu pour un fond presque uniforme : un rêve disparaît de la psychée de l’héroïne et de l’imagerie du film.
Anora est un conte de fée inversée, un film juste loin du misérabilisme qui peut toutefois être questionné sur son male gaze mais qui cherche une réalité sociale par le biais du médium cinématographique. Ma critique ici.
Top 3 : The Zone of Interest de Jonathan Glazer, Cinéma

La Shoah est l’un des sujets les plus souvent traités par le cinéma. Cette année, deux films ont vu le jour traitant de ce sujet : d’un côté le film d’animation La plus précieuse des marchandises, employant la force des sous-entendus que peuvent produire des tableaux pour représenter l’atrocité de cet instant, de l’autre, le grand prix à Cannes 2023, La zone d’intérêt. Le film de Jonathan Glazer présente une approche des plus radicales de cette période sombre de l’histoire de l’humanité. Il décide de filmer le quotidien de la famille d’un responsable de camps de concentration, traitant ainsi du concept de banalité du mal théorisé par Hannah Arendt, concept souvent mal interprété, qui, au lieu de banaliser les actes atroces commis, montre comment toutes ses atrocités ont été commis comme si de rien n’était, en raison d’une propagande cherchant à les justifier et d’une déshumanisation constante. Glazer sait les difficultés de représenter la Shoah et décide de prendre constamment ses distances avec les personnages qui sont filmés, n’approche jamais sa caméra d’eux, créant une atmosphère des plus dérangeantes. La dureté du visionnage du film se crée par la dure réalité de la Shoah, jamais véritablement reléguée à du hors-champs mais au contraire présente dans le long-métrage en permanence à travers le travail sur le son : travail glaçant et terrifiant. La zone d’intérêt est une expérience cinématographique ne tombant jamais dans le sensationnel mais cherchant continuellement à rappeler la dureté de l’histoire en opposition avec des futilités. Le long-métrage de Glazer répond à plusieurs problèmes posés par le choix de ce sujet notamment par sa fin : le montage donne l’idée d’un dialogue impossible mais nécessaire entre notre époque et ce passé que l’on préférerait oublier mais dont on doit se souvenir en permanence pour éviter de le reproduire, comme le totalitarisme peut revenir à n’importe quel moment dans nos sociétés si l’on refuse ce dialogue. Le mal n’a pas disparu depuis 1945, au contraire la situation politique mondiale semble dire qu’il est de nouveau aux portes du pouvoir, s’il n’est pas déjà au pouvoir. La fin du film rappelle donc l’importance de ce dialogue avant que l’espèce humaine aille trop loin. Ma critique ici.
Top 2 : Les graines du figuier sauvage de Mohammad Rasoulof, Cinéma

Dernier film cannois de ce classement, Les graines du figuier sauvage. Le film du réalisateur iranien Mohammad Rasoulof a été tourné suite à l’assassinat de Masha Amini par le régime iranien. Tourné en secret et monté en Allemagne, le film a subi moultes péripéties avant sa projection à Cannes, notamment l’arrestation du réalisateur puis l’évasion du réalisateur aujourd’hui réfugié en Allemagne. Profondément marqué par son aspect politique de résistance, Les graines du figuier sauvage n’en est pas moins un excellent film, rempli de qualités cinématographiques, et créant un lien entre la réalité et la fiction. Les graines du figuier sauvage fait preuve d’une admiration constante à l’égard du mouvement de résistance iranien, “Femme, vie, liberté”. Rasoulof travaille l’importance des images, faisant s’opposer la réalité d’état, représenté par la télévision de propagande, à la réalité des choses, ce que la jeunesse a réussi à capturer via les réseaux sociaux. La caméra du réalisateur nous enferme comme ses héroïnes sous le poids de ce régime tyrannique qu’est l’Iran de 2024, offrant une vision triste et désolée des paysages iraniens dont la beauté semble elle aussi enfermée sous ce régime. Rasoulof réussit à agripper le spectateur par une montée progressive de la tension, jouant avec nos espoirs, notamment sur la rédemption potentiel du père qui apparaît peu à peu comme impossible, mais aussi sur celle de la mère, rappelant l’importance du combat qui doit être mené, un combat liant toutes les générations de femmes, les oppressées résistantes et celles tombant dans le cercle de l’oppression devant en sortir à leur tour. Le père devient la personnification de ce régime patriarcal obscurantiste notamment par un jeu de miroir, liant deux scènes opposées dans la durée du film, faisant de lui par la puissance associative des images l’oppresseur de l’amie d’une des sœurs. Le casting principal parvient à retranscrire toutes les interrogations du film et toute sa brutalité et sa sincérité dans son jeu. Tout prend appui sur les personnages et leurs évolutions, ils sont le cœur narratif du film et le message vient de leur développement. La réalisation va s’appliquer à faire comprendre par simple plan les enjeux de pouvoir qui se joue dans cette famille et l’oubli de la femme dans cette société.
S’il est légitime de se questionner sur le rapport entre la qualité d’une œuvre et sa portée politique, dans le cas de Les graines du figuier sauvage, Rasoulof parvient à associer les deux. Film profondément marqué par l’Iran de son époque, le nouveau film de Rasoulof n’oublie jamais l’importance du cinéma en créant un drame familial lorgnant parfois dans le western et surtout dans l’horreur mais offrant un espoir de renouveau dans sa fin, un appel à la résistance. Ma critique ici.
Top 1 : Vampire humaniste cherche suicidaire consentant de Ariane Louis-Seize, Cinéma

Après deux films américains en 2022 et 2023 (respectivement Nightmare Alley et Babylon) ainsi qu’un film britannique en 2021 (Last Night in Soho), mon film préféré sorti en France au cours de l’année 2024 est cette fois-ci canadien, plus spécifiquement québécois. S’il s’agit du premier long-métrage d’Ariane Louis-Seize, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant n’en est pas moins réussi. Le cinéma québécois a la côte depuis 2023 et la surprise Simple comme Sylvain, film ayant remporté le césar du meilleur film international face à Oppenheimer tandis qu’en début d’année 2024, deux films québécois, présents dans de nombreux tops de l’année d’autres personnes sont sortis : Le successeur et Les chambres rouges.
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant possède avant tout le titre le plus long de l’année mais surtout le meilleur, un titre qui révèle tout du concept du film mais pas pour autant tout du film. S’il y a bien en 2024 un long-métrage dont je jalouse l’idée originale, c’est bien celui-ci : le long-métrage d’Ariane Louis-Seize se réapproprie la figure du vampire pour la lier à notre époque et à ses maux. La réalisatrice s’amuse de parallèle entre son concept (une jeune vampire refuse de tuer, ses parents lui coupent donc les vivre et elle rencontre alors un adolescent suicidaire qui accepte de se laisser tuer par elle) et la jeunesse québécoise, jeunesse qu’elle comprend parfaitement. Pour incarner ses protagonistes, Louis-Seize a choisi Sara Montpetit ainsi que Félix-Antoine Bénard, deux acteurs en début de carrière mais au talent plus que prometteur. Montpetit rend émouvant son personnage en peu de dialogues et laisse ses expressions faciales nous emmenés plus loin que l’impression initiale donnée par son personnage, à savoir un vampire triste. Bénard quant à lui évite la facilité du jeu de personnage suicidaire, jouant avec subtilité et nuance. L’alchimie entre les deux est irréprochable. Le jeu entre la figure du vampire et la jeunesse abandonnée est sublimement mis en scène par la réalisatrice et scénariste : le mythe du vampire se transforme et trouve une nouvelle force, racontant dorénavant le passage à l’âge adulte et la découverte de la sexualité d’une manière plus douce que les versions sensuels de Dracula. Le rapport morbide du vampire au monde persiste mais cette fois-ci c’est notre réalité qui est morbide, une humanité que seul l’humanisme de l’héroïne peut parvenir à secourir. D’un scénario simpliste, Louis-Seize en tire une métaphore de notre monde avec un réalisme surprenant de la part d’un film fantastique, et qui assume entièrement son aspect fantastique. Ce scénario simple ne se limite pas qu’à sa métaphore, la scénariste creusant son univers en développant des personnages vivants, des premiers rôles au rôles secondaires, chacun ayant une substance, une vie en tant que personnages.
Louis-Seize soigne sa réalisation pour capter avec justesse le désespoir de la jeunesse. La réalisation du long-métrage fait preuve d’une sensibilité captant l’impact capitaliste des obligations sur le quotidien de la jeunesse.
Si le film fait parfois court-métrage ou encore trop étudiant, cela s’excuse par son statut cinématographique d’être un premier film. Face à une année comme 2024 où le désespoir face à la situation du monde semble de plus en plus grande, un film comme Vampire humaniste cherche suicidaire consentant, film consciencieux du désespoir de la jeunesse mais menant ces personnages vers une réussite à venir via des parallèles et qualités cinématographiques globalement réussis porte un espoir, à la fois pour le réel mais aussi pour le cinéma : là où une génération de réalisateurs va bientôt prendre fin, une relève internationale est prête, relève portée au Québec par Ariane Louis-Seize, cinéaste à la grande inventivité dont le premier essai au long-métrage suscite un espoir et démontre une vraie envie de cinéma. Ma critique ici.
Principales attentes pour 2025
Pour l’instant, l’année 2025 semble mystérieuse dans ses sorties.
Dans le paysage hollywoodien de 2025 assez déprimant, quelques films arrivent tout de même à susciter mon intérêt. Parmi eux, Wicked Partie 2, suite de la comédie musicale sortie fin 2024 et étonnamment plaisante à suivre bien qu’elle aurait pu être bien mieux avec un meilleur éclairage. Peut-être que cette seconde partie saura corriger cette erreur.
2025 verra aussi sortir le spin off de la franchise John Wick, Ballerina de Len Wiseman avec Ana de Armas. Si l’actrice principale et l’appartenance à la saga John Wick suscitent ma curiosité, les informations parlant d’un résultat si catastrophique que le réalisateur des quatre John Wick a été appelé non pas pour de simples reshoots mais pour refaire presque tout le film inquiète. Même si, avec Stahelski derrière la caméra de manière non officielle, on peut espérer au moins de bonnes scènes d’action. Un autre film d’action va aussi sortir, Mission Impossible : The Last Reckoning, dernier opus de la franchise porté par Tom Cruise, et quatrième film à être réalisé par Christopher McQuarrie. Une certaine curiosité en émane sans tomber dans une véritable attente, à voir comment la saga se termine.
Après Disney, c’est au tour de Dreamworks de lancer un projet de remake live action de dessin animé culte avec How to train your dragon. Tout peut faire peur dans ce projet, notamment son manque d’originalité assez cruel révélé par sa bande-annonce, mais une chose fait espérer un film correct, son réalisateur : Dean DeBlois, l’homme derrière la trilogie d’animation.
Seul blockbuster a véritablement susciter mon attente, Superman de James Gunn, premier film du nouvel univers étendu DC, le DCU. Gunn a réalisé certains des meilleurs films de super-héros des dernières années (la trilogie Gardiens de la galaxie, The Suicide Squad) et voir une nouvelle fois l’homme d’acier sur grand écran fait envie, surtout quand cette version souhaite apporter un message d’espoir.
Côté animation américaine, Dreamworks va sortir la suite de la bonne surprise de 2022 Les Bad Guys ce qui peut s’avérer fort sympathique tandis que les Looney Tunes vont enfin revenir sur grand écran avec The Day The Earth Blew Up, film décrit comme réussi par les premiers avis en sortie de festivals et l’occasion de revoir Daffy Duck en salles de cinéma. Seul film original produit par Disney en 2025, le nouveau Pixar, Elio est le dernier espoir d’un renouveau artistique au sein du studio.
Pour ce qui est des films américains plus indépendants m’attirant, 2025 verra sortir le blockbuster d’auteur Mickey 17 par le réalisateur coréen Bong Joon-Ho, une nouvelle adaptation de Frankenstein par Guillermo Del Toro, deux adaptations de Stephen King avec Running Man d’Edgar Wright et La vie de Chuck de Mike Flanagan, deux films de Richard Linklater à savoir Blue Moon et Nouvelle Vague, ainsi que les nouveaux Paul Thomas Anderson et Wes Anderson, respectivement The Battle of Baktan Cross et The Phoenician Scheme. Si les deux Linklater titillent la curiosité tout comme le nouveau PTA, c’est envers les cinq autres films que se tournent principalement mes attentes. The Phoenician Scheme ne sera pas uniquement le nouveau film de Wes Anderson, mais aussi sa première collaboration avec l’acteur Michael Cera et un thriller d’espionnage. Anderson semble vouloir partir ailleurs que ce à quoi son cinéma avait habitué. Pour les adaptations de king, c’est bien leurs réalisateurs qui font envie : d’un côté Edgar Wright, l’homme derrière Last Night in Soho, Baby Driver, Scott Pilgrim et la trilogie cornetto, de l’autre Mike Flanagan, celui qui a su offrir une bonne suite à The Shining avec Doctor Sleep et showrunner de deux des meilleurs mini-séries américaines de la décennie, The haunting of Hill House et Midnight Mass. Pour Frankenstein, si Del Toro rassure, la sortie sur Netflix et le remplacement de Andrew Garfield par Jacob Elordi inquiètent. Mickey 17 lui va être la nouvelle occasion pour le réalisateur coréen de prouver son talent, prenant avec lui Robert Pattinson, un des acteurs les plus constants de sa génération. Compatriote de Bong Joon-Ho, Park Chan-Wook, réalisateur de Mademoiselle, Decision to leave ou encore Oldboy présentera son nouveau film, No Other Choice, avec une probable première à Cannes.
Enfin, la France verra sortir le nouveau film de Cédric Jimenez, réalisateur de Bac Nord qui semble s’attaquer une nouvelle fois à une histoire policière. En espérant qu’il n’oublie pas de conserver la trame sociale et politique du roman de Laurent Gaudé dont il s’inspire. Pour le dernier film dont je parle, il ne s’agit pas à proprement parlé d’un film français mais, étant produit par StudioCanal, il l’est en partie : Paddington au Pérou, troisième volet cinématographique de l’ours et premier non réalisé par Paul King, créant un mélange de craintes et d’attentes.
Une année 2025 avec du potentiel, à voir ce qu’il en sera dans les faits !
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