Après un mois de février décevant en termes de sorties, dont seul le mastodonte Dune 2 à relever le niveau du box office tandis qu’en termes de qualité, Dune 2 là encore était la sortie du mois, sans oublier la surprise québécoise Le successeur, certes imparfait mais valant le coup. Ce mois de mars semble se montrer plus imposant en sortie, entre les recrutements de gros noms chez Prime Vidéo, ou l’arrivée au cinéma de films italiens et québécois tandis que la France propose une comédie avec Agnès Jaoui et que Hollywood convoque une saga d’animation culte.
Sont donc sortis ce mois-ci en France le nouveau volet de la saga Kung Fu Panda, cette fois réalisé par Mike Mitchell là où les autres sorties américaines du mois étaient principalement en streaming : sur Prime Vidéo sont arrivés Ferrari, nouveau film de Michael Mann mais aussi Road House de Doug Liman ou alors dans la totale indifférence, Ils étaient un seul homme de George Clooney, tandis que Netflix a mis en ligne Spaceman de Johan Renck, nouveau film avec Adam Sandler. Du côté international, sont sortis dans nos salles françaises le film italien Il reste encore demain de Paola Cortellesi, le film iranien Chroniques de Téhéran de Ali Asgari et Alireza Khatami et le film québécois Vampire humaniste cherche suicidaire consentant de Ariane Louis-seize. Enfin, la France a sorti deux comédies, d’un côté Heureux gagnants de Tomain Choay et Maxime Govare, de l’autre La vie de ma mère de Julien Carpentier.
Je n’ai pu voir aucune des deux comédies françaises et n’ai pas tenté le nouveau film de George Clooney ni Spaceman avec Adam Sandler. Pour ce qui est des films vus qui ne seront pas traités, Il reste encore demain est une comédie sur l’émancipation féminine qui n’arrive pas à alterner avec suffisamment de force tragédie et comédie mais qui marque par la qualité de ses interprétations et par son message fort tandis que Chroniques de Téhéran tourne un peu en rond mais offre une formidable satire du régime iranien par ses petites histoires politiquement fortes. Dernier film vu qui ne sera pas traité, Road House, remake d’une série B qui se prend au sérieux et oublie d’où elle vient, ressemblant plus à un film généré par Chat GPT dont seule Daniela Melchior arrive à se sauver de l’acting général, une nouvelle pierre dans la chute artistique de Jake Gyllenhaal.
Les films traités sont donc Ferrari, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant et Kung Fu Panda 4.
Ferrari de Michael mann, sorti le 8 mars sur Prime Vidéo

Après huit ans d’absence, le réalisateur Michael Mann revient derrière la caméra pour un nouveau projet, un film voulu depuis les années 1990. Le réalisateur de Heat et de Le dernier des Mohicans signe son retour par un biopic sur un constructeur automobile italien bien célèbre, Enzo Ferrari. Pourtant, le cinéaste n’a accès à l’expérience en salles pour son long-métrage mais se contente plutôt d’une sortie Prime Vidéo, la plateforme de streaming souhaitant elle aussi gonfler son catalogue de grands noms après avoir sortis l’an dernier les films de Ben Affleck, Guy Ritchie, George Clooney ou encore Emerald Fennell. Le projet Ferrari date de 1993 et Robert De Niro devait incarner le protagoniste, aujourd’hui campé par Adam Driver. Puis le projet prend fin avant de se transformer en Ford V Ferrari, film sorti en 2019 sous la direction de James Mangold. Dans les années 2010 le projet revit et sont alors pressentis Christian Bale ou encore Hugh Jackman pour incarner l’italien avant d’une concrétisation du projet en 2022 et l’annonce de Driver dans le rôle. Après tant d’années dans l’esprit de Mann, ce biopic sort enfin en France. Tant d’années de réflexion ont-elles engendrées un bon film ?

Tout d’abord, parlons de la réalisation de Ferrari. Michael Mann n’est pas un simple faiseur ni un technicien mais bien un artiste à sa personnalité singulière. Tenant son projet depuis déjà trente ans, il semblait être prévisible que celui-ci soit pour son auteur personnel, qu’il lui soit propre. Pourtant, Ferrari semble dévitalisé de toute personnalité, tombant régulièrement dans un film vide de réalisateur que n’importe qui aurait pu faire.
Pour commencer, il faut tout de même reconnaître à la réalisation de Michael Mann de l’idées et une réflexion par instants. En effet, le réalisateur possède plusieurs idées de réalisation, notamment dans le découpage entre des plans sur les montres de différents personnages et d’autres sur la course en cours. Cette idée de mise en scène permet la création d’une certaine tension, efficace, qui donne à cette scène suffisamment de souffle pour devenir efficace. La réalisation de Mann permet aussi de beaux plans de caméra, en particulier dans les passages d’un personnage à un autre, nous plongeant au cœur de la scène et laissant transparaître cette volonté cinématographique de Mann, cachée dans le cahier des charges d’une production Amazon. Cette volonté cinématographique se trouve aussi dans l’écran large du long-métrage, procédé fait pour le grand écran, montrant une nouvelle fois que Mann pense son film pour la salle de cinéma. Pourtant celui-ci se retrouve sur une plateforme de streaming, rendant vain cette volonté et cet espoir de cinéma. Pour ce qui est des autres bonnes idées de Mann, celui-ci arrive à faire comprendre par l’image la position de son protagoniste et son statut d’homme entre la vie et la mort. Il y arrive par son cadrage à quelques instants mais semble se contredire à d’autres. Enfin, sa dernière bonne idée de mise en scène se situe dans la distorsion de l’image afin de filmer la vitesse des voitures. Mann arrive à nous faire sentir leur puissance par ce procédé de cinéma. Pourtant, et malgré ce procédé inventif, Mann ne parvient pas à aller plus loin dans les scènes de course. Si une idée leur offre un aspect de vitesse, le reste de sa réalisation ne parvient pas à créer de l’impressionnant ni à emporter avec elle. Au contraire, celles-ci se montrent lisses et plates, à l’exception du moment de la mort des pilotes. Au lieu de jouer la carte du bon goût et de privilégier des courses impressionnantes pour des accidents dramatiques, Mann décide de les rendre eux impressionnants. En conclut deux scènes de mort censées impacter la psychologie du protagoniste mais se retrouvant au contraire sous une vision de réalisation les rendant presque épiques. La réalisation académique et lisse de Mann possède aussi des plans prévisibles ainsi qu’une incrustation du visage de Adam Driver dans des plans d’archives, incrustation ratée bien évidemment, apportant un plus grotesque au long-métrage.

L’autre point technique du film à traiter est son montage. En effet, celui-ci possède des idées dynamiques dans de nombreuses scènes, notamment l’enchaînement entre les plans des pédales puis du levier de vitesse. Celui-ci est étonnamment la grande qualité du film, parvenant à créer un dynamisme à plusieurs reprises, et cela malgré un manque de rythme globale prépondérant à ce long-métrage. Les seules défauts du montage viennent du scénario, à savoir l’apparition random d’une scène intime entre Ferrari et sa femme, cette scène apparaissant sans logique narrative et n’en créant pas non plus. De plus, de nombreuses scènes sont en trop dans le long-métrage.
Pour ce qui est du casting, si Penélope Cruz s’en sort bien, arrivant à jouer avec naturel la tristesse habitant son personnage, elle est bien la seule. La pression de Woodley n’a rien pour convaincre, son jeu étant assez oubliable tandis qu’Adam Driver montre une nouvelle facette de son jeu d’acteur, un aspect grotesque. En effet, l’acteur américain est en pilotage automatique dans ce film, loin d’être convaincant dans sa performance, n’y croyant jamais vraiment. L’acteur tente d’imiter l’accent italien mais le fait en employant de gros sabots, perdant toute crédibilité et laissant disparaître l’ensemble du charisme qu’il pense insuffler, charisme inexistant. De plus, il est assez dommage qu’un film se déroulant en Italie avec des protagonistes italiens ne possède pas d’italiens dans ses premiers rôles.
Le scénario quant à lui est à l’image de la réalisation : possédant de bonnes idées par instant mais globalement lisse et assez creux. En effet, le scénario a l’idée de développer le rapport de Ferrari à la mort, une approche permettant une manière différente de voir le personnage historique, une approche permettant un portrait hanté de lui, un portrait morbide et originale, transformant la vie d’un homme en celle de tous par ce simple rapport à la mort qui l’entoure. L’autre idée du scénario est de creuser la relation entre Ferrari et son fils illégitime. Encore une fois, cette idée permet une approche intéressante de la vie de l’homme, surtout que le fantôme de son premier fils hante cette relation.
Ce qui empêche ces deux idées d’atteindre leur potentiel vient de la non-existence narrative des personnages. En effet, Ferrari possède des personnages survolés dont le développement narratif ne repose sur rien. L’exemple parfait de ce propos est le personnage de Pénélope Cruz. Si l’actrice est superbe dans son rôle, son personnage n’est jamais exploité, jamais employé de manière efficace mais plutôt abandonné lorsque l’intrigue ne souhaite plus d’elle. Les personnages du film sont des personnages fonctions n’ayant qu’une utilité et dont la caractérisation ne repose que sur une unique émotion. Cette distance avec les personnages, ceux-ci étant survolés, ajoute au film un aspect ennuyeux : l’intrigue n’a que peu d’intérêt et sa narration ne parvient guère à lui en créer. En voulant raconter un mélodrame mais aussi l’histoire de courses de voitures, Michael Mann se retrouve à ne plus rien raconter. Il n’arrive pas à créer de liens thématiques prenant entre les deux aspects de la vie de Ferrari, donnant l’impression que les montages alternés ne rapprochent pas un seul film mais deux long-métrages différents.

En conclusion, ce retour de Michael Mann est assez mineur. Le réalisateur dépasse le simple biopic au statut d’illustrations d’une page wikipédia mais reste académique dans le fond et la forme, trop lisse pour marquer, trop plat pour entraîner. Des idées de développement de personnages intriguent, notamment le rapport à la mort mais jamais aucune n’est creusées en profondeur pour parvenir à émouvoir ou à être subjugué. Le casting cabotine et souffre d’une caractérisation par un simple trait de caractère tandis que la réalisation se veut intéressante mais manque de personnalités. Là où des réalisateurs comme David Fincher perd de sa substance au fur et à mesure de sa collaboration Netflixienne tandis que la bande-annonce de Beetlejuice 2 semble montrer un Tim Burton ayant perdu son style au profit d’une mise en scène banale, et sachant que le prochain projet de Mann est une suite à Heat, on peut en venir à se demander si le temps n’a pas rattrapé certains grands noms du passé au point qu’ils se retrouvent perdus face à la modernité, tombant dans ses travers et abandonnant leur originalité dans le passé.
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant de Ariane Louis-Seize, sorti le 20 mars au cinéma

Après avoir créé la surprise l’an dernier avec Simple comme Sylvain, remportant le césar du meilleur film international face à Oppenheimer, le cinéma québécois débuta 2024 sur les chapeaux de roues avec en sortie française Les chambres rouges en janvier, dont je suis passé à côté en raison de plusieurs éléments du film, puis Le successeur en février, portrait de la toxicité masculine sur les hommes, film que j’avais déjà préféré à celui de janvier mais qui n’était pas encore parvenu à me convaincre entièrement. En mars, un nouveau film québécois est sorti en salles, nouveau film au pitch des plus intrigants et au titre le plus long mais le plus drôle de 2024 pour l’instant, Vampire humaniste cherche suicidaire consentant. Il s’agit du premier long-métrage de sa réalisatrice, Ariane Louis-Seize mais aussi du vainqueur de la Giornate degli autori, sélection parallèle de la Mostra de Venise. Suivant une vampire refusant de tuer des humains, cette comédie noire met en vedette Sara Montpetit, révélation du film Falcon Lake de Charlotte LeBon. Qu’en est-il de sa qualité ?

Tout d’abord, le casting du long-métrage est excellent. Chaque acteur correspond parfaitement à son rôle et aucune n’est pas à sa place. Si le casting général est de haut niveau, c’est bien les deux personnages principaux qui volent la vedette aux autres. En premier lieu, Félix-Antoine Bénard développe son talent dans un jeu empli de subtilité et apporte de l’émotion et du vivant à son personnage. Sa performance évite la facilité du jeu de suicidaire, contrairement à celle de l’acteur dans The Son de Florian Zeller. Toutefois, l’actrice principale du long-métrage est sa meilleure. La révélation de Falcon Lake, Sara Montpetit montre l’étendue de son talent et semble être l’une des grandes actrices francophones des prochaines années. Elle apporte à son personnage un jeu de nuances, la rendant émouvante en peu de dialogues, laissant ses expressions faciales dévoilées son personnage et nous faisant comprendre ses peines et ses doutes. Elle campe une vampire triste mais ne se limite pas à ce seul sentiment dans son jeu d’actrice. Comme je l’ai déjà dit, elle prouve être une grande actrice à venir.
Les personnages campés par ce groupe d’excellents acteurs se montrent au niveau de leurs interprètes. Pour les personnages secondaires, ils arrivent et cela malgré un faible temps d’écran à ne pas tomber dans le rôle de personnage fonction, à savoir un personnage dénué de rôles narratifs et de caractéristiques bien à lui, un personnage inutile ne servant que le protagoniste. Ici, les personnages secondaires apportent de la vie et possèdent une véritable personnalité, un charme propre. Ils semblent essentiels au long-métrage aussi bien sur le plan narratif que thématique. Le père est quant à lui un personnage touchant et drôle à voir dans ses quelques minutes. Pour les deux héros, ils sont extrêmement émouvants tout en étant développés et vivants. Leur relation fait sens et ne semble en rien précipitée mais paraît au contraire découler d’une logique humaine.
D’un point de vue scénaristique, celui-ci possède une facilité scénaristique, à savoir la manière dont l’héroïne se retrouve au cercle de dialogue et paraît quelque peu prévisible. Toutefois, il joue de cette prévisibilité pour appuyer nos sentiments et notre affect pour les personnages. La force du scénario vient de sa métaphore, celle d’employer le mythe du vampire pour traiter de la découverte de la sexualité et du passage à l’âge adulte. Avec l’aide de ses personnages touchants, le long-métrage développe alors plusieurs thématiques avec intelligence et les traitant en profondeur, à savoir la thématique du suicide et du besoin d’aide ou celle de l’importance des parents dans nos choix de vie. Toutes ces thématiques n’en servent au final qu’une, rendant logique leur association, à savoir la métaphore d’une génération sacrifiée, l’anatomie du monde moderne. En effet, par son vent de fraîcheur dans le traitement du mythe du vampire, le long-métrage traite avant tout de la jeunesse actuelle, jeunesse perdue. Le long-métrage travaille aussi ses dialogues, les rendant percutant, notamment dans les passages d’humour mais aussi dans la poésie triste de son écriture.

Ensuite, traitons de l’aspect technique du long-métrage.
Pour commencer, sa musique correspond parfaitement au récit en plus d’y apporter une nuance mélancolique mais aussi optimiste. Les choix musicaux quant à eux prouvent d’un véritable travail de recherche, comme en témoigne le titre Dracula Yéyé qui semble presque fait pour le film étant donné sa signification narrative identique au long-métrage. Le mixage son dans sa globalité résulte d’un travail de recherche intéressant, celui-ci créant une différenciation légère mais présente entre les deux univers existant dans le long-métrage à savoir le monde humain et le monde vampirique. Le mixage son emploie des procédés connus de tous pour présenter une menace à venir comme un bourdonnement afin d’accentuer la découverte de qui elle est de l’héroïne.
Du côté du montage, celui-ci reste relativement classique mais apporte au long-métrage un rythme des plus plaisants, malgré un très léger ventre mou dans son milieu. Le montage alterne avec intelligence les points de vue des deux personnages, créant une peur pour l’autre en son absence mais aussi un sentiment de manque, comme un besoin de voir les deux se retrouver sur le même plan. Malgré ce léger ventre mou, le montage apporte au rythme global du long-métrage un sentiment de grandissement et d’apothéose, accentuant les longs moments lorsque l’émotion se doit d’être importante et donnant suffisamment de temps aux personnages pour exister, pour être développés, pour vivre.
Passons dorénavant à la partie visuelle du long-métrage. Débutons par revenir sur les quelques défauts de celle-ci, défauts que l’on pourrait aussi associer au scénario : le film possède parfois un aspect court-métrage ou fin d’étude, un aspect assez léger pour ne pas gêner son appréciation général mais un aspect tout de même existant, se justifiant par le fait qu’il s’agisse du premier long de sa réalisatrice. On sent aussi un manque de budget dans le long-métrage par instant. Toutefois, malgré ces deux petits défauts, le film arrive à offrir de beaux plans, pas uniquement d’un point de vue esthétique mais aussi d’un point de vue narratif. En effet, par le biais de néons, le long-métrage ravit la rétine mais apporte une signification thématique à cet emploi : en employant des couleurs froides avec une once de chaleur, le film crée dans la froideur de sa colorimétrie une ambiance chaleureuse, ambiance que l’on peut rapprocher aux sentiments de l’héroïne, vivant dans un monde associé à la mort mais cherchant à faire passer la vie au-delà.
Pour la réalisation en elle-même, celle-ci se montre efficace mais surtout soignée. La réalisatrice met du cœur à l’ouvrage et le fait ressentir à la caméra : elle met ses personnages au centre de son histoire, accentuant son amour pour eux et nous le transmettant. La réalisation possède aussi des idées dans ses plans ainsi qu’une vision artistique plaisante. Pour revenir sur la musique du long-métrage d’un point de vue de mise en scène, on peut employer le choix de la musique dans la séquence de la chambre, collant exactement avec les émotions de la protagoniste et témoignant une nouvelle fois du travail de recherche musical du long-métrage.

En conclusion, Vampire Humaniste cherche Suicidaire Consentant est la petite pépite de son début d’année. Bien qu’imparfait notamment dans son aspect parfois court-métrage, le long-métrage d’Ariane Louis-Seize parvient à rappeler les éléments qui font un film marquant : des personnages attachants, une réalisation soignée tout comme la photographie, une écriture simple mais thématiquement forte ainsi qu’un dosage équilibré entre émotions et humour. Dans son film, la réalisatrice convoque le mythe connu de tous du vampire pour parler du passage à l’âge adulte, de la découverte de la sexualité et de cette génération actuelle, génération perdue face aux maux du monde mais génération pleine d’espoir comme le prouve l’humanisme de l’héroïne, une génération capable d’améliorer les choses. Vampire humaniste cherche suicidaire consentant n’invente rien, si ce n’est une réinvention du mythe du vampire, mais n’en a pas besoin pour fonctionner, des dialogues perçants sublimés par l’accent québécois et une thématique humaine arrivant à rendre l’expérience savoureuse tout en émiettant le film d’instants de pur cinéma. En bref, Ariane Louis-Seize réussit son premier film et signe un des meilleurs films de 2024.
Kung Fu Panda 4 de Mike Mitchell, sorti le 27 mars au cinéma

En 2008, Dreamworks lance sur les grands écrans une nouvelle saga après les succès de Shrek et Madagascar, Kung Fu Panda. Le film suit l’histoire de Po, un panda doublé en VO par Jack Black et en VF par Manu Payet, fan de Kung Fu qui se retrouve choisi par une vieille tortue mourante afin de devenir le Guerrier Dragon. Le film réussit à la fois à séduire le public et les critiques en offrant une comédie d’animation innovante, porteuse de valeurs positives et proposant des personnages attachants. Viennent alors deux suites développant l’univers dans lequel vit ce panda mais surtout son propre univers, traitant de sujets comme l’adoption et la mort de ses parents. Les deux suites gagnent en qualité visuelle, le 2 offrant un excellent antagoniste possédant un rapport aux héros classique mais amené avec subtilité et intelligence tandis que le troisième film, plus faible dans son écriture mais tout aussi fort dans ses thématiques, et encore plus dans ses visuels. La trilogie semblait finie quand en 2022 un quatrième film est annoncé, sans les réalisateurs des précédents mais avec à la place Mike Mitchell, connu pour son travail sur Lego Movie 2, Shrek 4 ou encore Les Trolls. Nouveau réalisateur moins talentueux et projet dont la nécessité reste à prouver, ce Kung Fu Panda 4 arrive-t-il à se montrer au niveau de ses aînés ?

Dans un premier temps, Kung Fu Panda 4 n’est jamais à la hauteur de ses prédécesseurs.
En effet, le long-métrage de Mike Mitchell ne parvient jamais à se hisser au niveau d’écriture ou de réalisation des volets précédents.
Tout d’abord, cette perte de qualité se ressent dans les personnages du long-métrage. Les cinq cyclones sont absents grâce à un raccourci scénaristique témoignant d’un manque d’idées pour ces personnages. D’un côté, leur absence permet d’aller plus vite aux enjeux principaux et de se concentrer sur les protagonistes en se débarrassant du superflu. D’un autre côté, leur absence donne le sentiment d’assister à un spin-off de la saga plutôt qu’à son quatrième film, d’autant plus que le troisième volet était déjà parvenu à se servir des cyclones tout en s’en débarrassant assez vite dans le scénario, celui-ci voulant se concentrer sur autre chose. De plus, le fait que Po recherche un guerrier dragon pour le remplacer aurait pu créer une dynamique nouvelle entre lui et Tigresse, celle-ci ayant toujours voulu être guerrier dragon, dynamique que son absence ne permet pas. Au lieu de développer cet élément scénaristique, le film apporte une nouvelle héroïne pour prendre la place de Po, Zane la renarde. Ce personnage et ses soucis d’écriture seront développés dans la seconde partie de la critique. Pour revenir sur les personnages des anciens films, Maitre Shifu est ici bien loin du personnage sage mais colérique des films précédents : tout comme pour Po, son évolution narrative semble avoir disparu pour laisser place à un Shifu cliché de lui-même, tournant en rond dans ses interactions avec le héros et n’apportant plus rien au récit, disparaissant au bout de dix minutes avant de réapparaitre dans sa conclusion.
Comme je l’ai dis, le développement des personnages des films précédents est ici oublié, notamment celui de Po. S’il reste relativement cohérent avec le lui de la fin du troisième film, il semble subir d’une évolution dans ce nouveau volet identique à celle qu’il a vécu dans le précédent : le reste tourne en rond et stagne à la manière du Thor du Marvel Cinematic Universe, apprenant avant de désapprendre pour de nouveau apprendre.
Dernier point personnage avant de passer au reste, la méchante du film. Celle-ci n’est pas mauvaise, au contraire elle possède un charisme assez important apporté notamment par les visuels du long-métrage. Toutefois, elle n’est jamais à la hauteur de ceux des films précédents, notamment car sa relation avec Zane n’est que peu approfondie. Une méchante correcte donc, mais plus grâce à sa mise en valeur par l’image et au jeu de l’interprète que grâce à son écriture. L’écriture d’ailleurs est bien loin de celle des films précédents, que ce soit dans les dialogues, ici assez fainéants ou encore dans l’intrigue en elle-même.
Toutefois, être inférieur à ses aînés n’est pas dérangeant si le film parvient à être un bon film en lui-même, ce qu’il n’est pas.

Dans un second temps, Kung Fu Panda 4 n’est pas un bon film par lui-même, étant au mieux un divertissement sympathique aussi vite vu que oublié.
Ce nouveau Kung Fu Panda est censé être un film sur le changement mais choisi l’option inverse : il calque son scénario sur ceux des trois films précédents (la quête du guerrier dragon du premier film, le voyage dans une autre ville du deuxième tandis que du troisième est volé l’intrigue de l’apprentissage et le méchant volant les pouvoirs des anciens maîtres Kung Fu). Concernant cet objectif de la méchante, que la subtilité a décidé d’appeler la caméléone, celui-ci n’est pas même cohérent. En effet, elle ramène du monde des esprits les maîtres Kung Fu pour leur voler leur pouvoir. Or, parmi les méchants ramenés se trouve celui du deuxième film, Lord Shen. Le souci est le suivant : Lord Shen n’est pas un maître Kung Fu. Cette erreur scénaristique prouve un problème globale plus grand du long-métrage, son existence n’est pas dans une vision d’approfondissement de l’univers en conservant la cohérence narrative des films mais au contraire, ce long-métrage semble exister pour ramener de l’argent à Dreamworks, même si cela signifie ne pas regarder ses propres films. Concernant le fait de ramener les méchants précédents, il faut avouer que cela est thématiquement cohérent, malgré l’aspect fainéant de cette démarche. De plus, le fait de traîter de la transmission permet un thème narratif intéressant et apporte une certaine maturité au long-métrage, maturité certes cynique mais tout de même existante. Pour revenir sur la subtilité du film, celle-ci semble interdite, Po se faisant littéralement appelé Kung Fu Panda. Le personnage de Zane quant à lui est inintéressant malgré de bonnes idées, celui-ci semblant fade et sans vie. Au contraire, Po reste un protagoniste sympathique à suivre tandis que ses pères constituent un bon duo comique faisant sourire à chacune de leurs apparitions.
Enfin, sur le plan visuel, Kung Fu Panda 4 est capable du meilleur et du pire. Il est capable du meilleur grâce à des passages visuellement créatifs notamment grâce à l’alliance d’idées visuelles narrativement cohérente avec une animation fluide. La réalisation se montre souvent efficace, créant un bon rythme dans le film, faisant éviter l’ennui et permettant quelque peu de divertissement tandis que certaines scènes fonctionnent grâce à elle. Le film est aussi capable du pire notamment dans sa direction artistique assez pauvre offrant un aspect série télévisée ou téléfilm au long-métrage mais aussi à cause de chara designs pour de nouveaux personnages dont la conception témoigne d’un manque de budget et de détail.
Enfin, le film possède une excellente version française avec en tête Manu Payet prouvant une nouvelle fois que du star talent investi est capable de grandes choses. Toutefois, il est triste de constater qu’au générique, la version française du film n’affiche que les stars talents et ne précise pas l’interprète de Zane immédiatement. Le générique de fin, à ce détail près, est d’ailleurs la meilleure chose du film, en particulier grâce à la reprise de Baby One More Time par Tenacious B, reprise venant compenser l’absence de compositions musicales impactantes du long-métrage.

En conclusion, Kung Fu Panda 4 n’est pas ce qu’était la trilogie originale mais ne parvient pas pour autant à être son propre film ni à tenter quelque chose d’innovant, il n’arrive simplement pas à être un bon film, étant au mieux médiocre. Souvent pauvre dans son écriture ou dans ses visuels, malgré quelques bonnes idées, Kung Fu Panda 4 ressemble à la version téléfilm de la trilogie le précédent, perdant sa force visuelle et narrative, ne laissant que l’humour sympathique et le personnage de Po, toujours plaisant, dans ce volet.
Le long-métrage semble montrer que le retour en force de Dreamworks avec Les Bad Guys et Le Chat Potté 2 n’était que temporaire, et cela malgré le sympathique La Nuit d’Orion. Si cette suite de trop va permettre au studio de sortir de l’état financier critique où il se trouve, le dernier espoir de renouveau, en espoir qu’il soit cette fois-ci fertil, pour le studio se trouve dans The Wild Robot, film devant sortir en fin d’année et qui je l’espère redorera l’emblème Dreamworks.
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