Après un mois de janvier assez riche en sorties, le mois de février s’est révélé relativement faible. Entre nouveau film Sony par Marvel, Blockbuster d’auteur et retour de Dreamworks uniquement en streaming, le mois dé février a tout de même laissé une place à des comédies françaises, des biopics américains et français ainsi qu’au retour d’un cinéaste césarisé. Avant un mois de mars donnant envie par sa diversité mais dont aucun projet ne semble pour l’instant être une grande surprise, ce mois de février vaut le coup pour sa sortie de fin de mois.
Sont donc sortis ce mois-ci du côté des blockbusters américains Madame Web de S.J. Clarkson ainsi que Dune 2 de Denis Villeneuve. Pour ce qui est des films américains plus indépendants, Bob Marley a eu droit à son biopic par Reinaldo Marcus Green tandis que le film All of Us Strangers d’ Andrew Haigh est sorti en salles. En streaming, le film d’animation La Nuit d’Orion de Sean Charmatz a fait son entrée en début de mois. Pour ce qui est de la France, elle a vu le retour de Xavier Legrand avec une coproduction québécoise, Le Successeur et a donné la part à de faux biopics, entre Le Molière Imaginaire d’Olivier Py et Daaaaaali! de Quentin Dupieux. Enfin, pour ce qui est des comédies, Cocorico de Julien Hervé et Les Chèvres de Fred Cavayé étaient les deux gros candidats.
N’ayant pas voulu m’infliger ni Madame Web ni Cocorico, et n’ayant pu voir la plupart des autres sorties, soit par manque d’intérêt soit par manque de temps, le seul film vu qui ne sera pas traité est Daaaaaali! de Quentin Dupieux, film rendu appréciable par les performances d’Edouard Baer, Jonathan Cohen et Anaïs Demoustier mais dont la vision optimiste de l’art et de la création n’arrive pas à faire oublier l’aspect poussif et fatiguant rendant le long-métrage assez vain.
Les films traités sont donc La Nuit d’Orion, Le successeur et Dune : Deuxième Partie.
La Nuit d’Orion de Sean Charmatz, sorti le 2 février sur Netflix

En 2022, Dreamworks fait son grand retour sur la scène internationale avec des films comme Les Bad Guys et surtout Le chat Potté : la dernière quête. Mais en 2023, le studio retombe dans ses vieux démons, enchaînant l’échec au box office Ruby l’ado kraken et la rentrée d’argent mal reçue par la critique, Les trolls 3. Pour son retour en 2024, le studio décide d’adopter une drôle de stratégie, laissant Peacock sortir la suite de Megamind directement en streaming, dans l’indifférence totale, et donnant un quatrième opus à la saga Kung Fu Panda. Mais avant de sortir ces deux suites aux apparences inutiles, le studio se dit qu’il faut tout de même offrir un projet original avec de se lancer dans la production de Shrek 5 : La nuit d’Orion. Malheureusement pour ce projet original, écrit par le scénariste d’Eternal Sunshine of The Spotless Mind, celui-ci subit une sortie sur Netflix, là aussi dans l’indifférence totale. Que vaut ce nouveau projet Dreamworks, seul projet original des géants de l’animation (à savoir Disney et Dreamworks) de 2024 ?

Pour commencer, parlons de l’animation. Dreamworks a innové en 2022 avec ses deux films, optant pour une animation stylistique à la manière de Into The Spider Verse, adoptant un mélange entre 2D et 3D pour permettre à chacun des deux films leur propre identité visuelle à partir de techniques communs, le studio semble avoir perdu cet esprit d’innovation. Là où en 2023 le studio a offert une sorte de fausse 2D dans son premier film puis un retour à la 3D dans l’autre, La Nuit d’Orion se place plus proche de Ruby l’ado kraken que du Chat Potté. L’animation est assez simpliste ce qui n’empêche pas de nombreuses fulgurances. Celle-ci permet notamment des chara designs agréables et originaux, se différenciant d’autres productions animées en ressemblant presque à des films Pixar. En revanche, cette animation a aussi ses failles : on ressent que le film n’est pas fait pour le cinéma. Là où de nombreux films d’animation Netflix possèdent une animation très travaillée comme Klaus ou le monstre des mers, La Nuit d’Orion donne parfois l’impression de posséder le même budget qu’une série d’animation tant certains plans font visuellement pauvres.
Ce défaut d’animation n’en est pas entièrement un comme je l’ai souligné, les chara designs étant quant à eux fort plaisants et de nombreuses idées visuelles se permettant d’apparaître.
En effet, la réalisation du film est plus que correcte. Pour un premier long-métrage, Charmatz arrive à prouver son talent de coordinateur et donne envie de le voir travailler sur d’autres projets à l’avenir. Le réalisateur possède plusieurs idées visuelles correspondant parfaitement au style voulu par le film, notamment lorsqu’il s’agit d’imager les pensées de son protagonistes, ici à travers des dessins en papier, similaires à ceux d’un enfant, ceux du personnage principal.
L’autre réussite primordiale de l’animation tient dans sa gestion de la lumière. Pour un film se déroulant presque entièrement dans la nuit, il est essentiel de savoir offrir une luminosité réussie afin de rendre les personnages visibles dans l’obscurité et de se différencier de la journée. Le défi est réussi, l’animation permettant des jets de lumière venant des personnages, éclairant suffisamment pour qu’on voit clairement de manière cohérente tout en offrant une certaine inventivité visuelle.Avant de traiter de la narration, parlons d’un dernier point plus technique que narratif : le son. Pour ce qui est de la musique, celle-ci s’avère très sympathique, collant convenablement avec le récit mais manque souvent d’originalité, ressemblant étrangement à celle de Eternal Sunshine of The Spotless Mind à certains instants. Pour le mixage son, celui-ci alterne entre trop fort et pas assez.

Le casting du film est quant à lui plutôt bon, les acteurs de doublage font le travail correctement, instaurant de l’émotion dans le récit par leurs voix : un bon casting, efficace et convenant à ses personnages.
Quant à la narration, celle-ci se montre plus qu’originale. Tout d’abord, le concept du film en lui-même sort de l’ordinaire des films pour enfants. Ensuite, son traitement est lui aussi plus qu’original.
En effet, la narration en voix off permet de faire des aller retours entre différentes époques tout en conservant une intrigue unique et en insistant sur le thème de la transmission, celle des peurs à nos enfants mais aussi des histoires. Ces interruptions du futur sur le récit sont assez inattendues lors de leurs apparitions, les rendant plaisantes et appréciables mais créant toutefois une certaine confusion dans la dramaturgie, confusion qui s’aggrave dans la fin du film, employant une facilité scénaristique bien trop grande pour conserver toute subtilité.
Autre défaut, si l’intrigue du film est originale, son introduction et quelques déroulés narratifs ne le sont pas : Kaufman emploie des tropes de ce genre de films, certes avec une certaine maîtrise et intelligence, mais empêchant lors de leurs apparitions toute imprévisibilité. La scène d’introduction en elle-même, bien que plaisante à suivre, ne permet pas de se convaincre de l’originalité du film, ressemblant à celle de tant d’autres films d’animation.
De plus, le film possède un énorme problème de rythme, lors de sa fin mais aussi dans son milieu, possédant un drôle de ventre mou révélant une structure narrative basique, à savoir celle du désespoir des héros en début de dernier acte voire fin de deuxième acte, structure que l’on retrouve notamment dans d’autres films du studio comme Dragons 2. La partie du film la mieux rythmée est sans aucun doute celle introduisant les pouvoirs des entités autour de Darkness, partie divertissante et amusante à voir, apportant d’ailleurs un aspect étrangement sombre au film par les méthodes plus que violentes du personnage de Sleep.
Cet aspect sérieux se retrouve aussi dans les thèmes du long-métrage : celui-ci n’a pas peur de parler à son public de sujets sérieux comme le harcèlement, les peurs de tout ou encore l’anxiété face à la vie. Le long-métrage apporte une réponse intéressante à ces questionnements, à savoir l’acceptation de la peur, celle-ci signifiant simplement que l’on vit. La peur est au centre de l’écriture des personnages, chacun en possédant une, plus ou moins rationnelle et donc réalistes pour toutes. Les peurs des personnages justifient leurs actions et les rendent attachants. Le personnage de Darkness est sans aucun doute le plus réussi du film, par son design tout comme par ses motivations. Celui-ci apporte d’ailleurs un aspect humoristique au long-métrage que l’on ne peut regretter.

En conclusion, la Nuit d’Orion est plus ambitieux qu’il ne paraît mais se limite tout de même trop pour être suffisamment marquante. Si Charlie Kaufman, le scénariste, y met de sa personne, notamment ses angoisses et son anxiété, tout en adaptant le sujet aux enfants, il devient souvent confus dans sa narration et ne parvient pas à créer un rythme suffisant quant aux intrigues. La réalisation de Charmatz se montre satisfaisante et possède des idées plaisantes, prenant appui sur ce que l’animation permet, mais n’arrive pas à offrir un nombre suffisant de fulgurances pour imprimer la rétine ni à faire passer outre la pauvreté de certaines animations. En bref, un concept original pour un film divertissant, tout ce qu’il faut pour satisfaire un enfant et l’amener à parler de thèmes sensibles, mais sans pour autant marquer la mémoire.
Le successeur de Xavier Legrand, sorti le 21 février

En 2017, le réalisateur et acteur français Xavier Legrand sort son premier film, Jusqu’à la garde avec Léa Drucker et Denis Ménochet. Ce premier long-métrage repart avec 400 000 entrées mais aussi, et surtout, avec quatre césars dont meilleure actrice pour Léah Drucker et meilleur film. Suite à ce succès, le réalisateur ne s’est pas pressé de sortir un nouveau long-métrage et a préféré prendre son temps afin de faire au mieux, décidant de continuer sa recherche narrative de dénoncer le patriarcat et la violence des hommes. Après avoir montré celles faites aux femmes et aux enfants, le réalisateur s’attaque à un autre sujet sur ce même thème, montrer la violence des hommes à l’égard des autres hommes. Adaptant librement le livre L’ascendant d’Alexandre Postel, le réalisateur localise son intrigue au Québec et s’entoure du césar du meilleur espoir masculin 2009, Marc-André Grondin dans le rôle principal. Six ans après son premier, que vaut le second film de Xavier Legrand ?

Pour commencer, parlons de la plus grande réussite de ce long-métrage : son casting. La direction d’acteurs est très bonne, qu’il s’agisse des rôles secondaires ou tertiaires mais aussi des rôles principaux. Chaque acteur se montre convaincant dans son rôle et ne paraît pas hors film ni en surjeu ou en sous jeu. Les deux acteurs les plus marquants du long-métrage sont sans aucun doute Marc-André Grondin et Yves Jacques. Le premier fait un protagoniste convaincant dans son jeu et apporte de l’émotion à son personnage, rendant crédible ses moments de stress, de pleurs ou encore son sérieux : l’acteur parvient à capter son personnage et à l’incarner avec prestance. Pour ce qui est de Yves Jacques, celui-ci convainc en peu de temps d’écran, rendant son personnage secondaire touchant mais aussi inquiétant, créant un suspens à son égard, une peur de ce qui l’est réellement mais en faisant un personnage intriguant et pour lequel on ressent une étrange affection.
La scène des obsèques, scène centrale du film dont je traiterais plus en détail plus tard, permet aux deux acteurs de prouver leur talent : Grondin se montrant crédible dans des émotions fortes et dans son épiphanie tandis que Jacques incarne ce personnage en deuil et ne sachant rien à la vérité avec grande justesse. Il y a donc deux performances majeures à retenir de ce long-métrage.
Pour ce qui est du scénario, c’est là où le film fâche le plus. Si son histoire en elle-même est une belle manière de présenter la masculinité toxique, rappelant que les hommes aussi en sont victimes tout en développant convenablement l’emprisonnement du protagoniste, celui-ci possède trop de failles et de problèmes pour se montrer rassasiant. Pour être honnête, le scénario se tient convenablement tout le début du film jusqu’à l’arrivée d’une scène, la scène centrale du long-métrage, scène parfaite dans l’idée mais trop mal amenée dans la forme mais surtout trop mal développée par la suite. L’autre défaut narratif du film vient de ses ventres mous, assez nombreux donnant l’impression que le long-métrage possède vingt minutes de trop.
Pour revenir à cette fameuse scène, suite à celle-ci, le personnage principale, déjà assez bête dans ses choix narratifs comme en témoignent des dialogues peu fins, devient complètement idiot. Chacun de ses choix, montrant certainement le cycle de la violence, devient lourd et fait sortir du long-métrage quelques minutes. L’autre problème du scénario vient de ses tentatives d’humour, assez rares mais encore plus rarement réussies.

Du point de vue de la réalisation, si elle atteint son apogée dans la scène des obsèques, elle n’est pas pour autant faible dans le reste du film. Legrand joue avec différents genres pour intriguer le spectateur, apportant une aura de film d’épouvante à cette maison au Québec alors que le reste du film paraissait être un simple drame. En jouant avec cela, il instaure une tension plus que prenante, surtout jusqu’à la révélation de la vérité sur ce que cache cette maison. Le réalisateur a l’intelligence de garder ce secret quelques minutes avant de le révéler. Il est toutefois dommage qu’il soit devenu prévisible juste après son apparition, le film aurait peut-être dû mieux jouer sur ce secret et le maintenir un secret plus longtemps, mais cela repose de la narration et j’en traiterais plus tard. La réalisation de Legrand possède de nombreuses excellentes idées, en particulier dans sa gestion des transitions. Le réalisateur prend un malin plaisir à employer de longs plans, et c’est ce qu’il fait à deux reprises pour instaurer une ellipse, les mouvements de sa caméra étant le moyen de passer d’un pays à un autre, de la nuit au plein jour. Par ses panoramiques et ses contre-plongées, Legrand instaure une mise en scène inventive et stressante, marquante sur quelques points et plus qu’efficace. Pour cette fameuse scène des funérailles, Legrand joue une nouvelle fois avec les attentes dans sa réalisation, faisant d’une chanson optimiste une chanson de révélation d’un crime encore plus morbide qu’il n’était, jouant avec des émotions contradictoires entre les personnages face à l’épiphanie protagoniste, il emploie là des plans simples, simples pour accentuer cette révélation et la rendre encore plus marquante. En bref, Legrand offre une réalisation plus qu’efficace, assez intelligente pour créer une tension et jouer avec nous. Sans pour autant être pleine d’originalité, elle fait plus que demander.
La photographie du long-métrage, sans non plus connaître de plans imprimant la rétine par leur force évocatrice, se montre réussie : celle-ci est travaillée afin d’aider l’enfermement du personnage, emprisonnement visible par le jeu de l’acteur et la réalisation. Sans dire énormément, les différents plans sont visuellement très beaux, travaillés pour plaire et inquiéter, faire le travail demander en bref.
Pour ce qui est du son, il est la deuxième plus grande réussite du film. Si rien n’est extraordinaire dans le mixage son, celui-ci permet toutefois une accentuation de la tension tandis que la musique offre au récit des moments marquants. Oubliable assez vite une fois la séance passée, cette musique se montre tout de même indissociable du récit, lui apportant un plus non négociable et aidant à l’instauration de cette fameuse tension.

En conclusion, Le successeur est un thriller haletant dont le climax reste en tête par sa force narrative et évocatrice. Pourtant, le long-métrage se parasite lui-même en faisant prendre à son protagoniste les pires décisions possibles. Si Legrand veut montrer par cela le cercle de la violence se répétant, il ne parvient pas à rendre cela logique ni à lui retirer toute forme de ridicule. Cette décision à elle seule crée une idée étrange du long-métrage une fois la salle quittée, celle d’avoir vu un film fort et frappant mais se gênant lui-même. Peut-être que faire durer le projet aussi longtemps empêcherait celui-ci de conserver son sérieux et de se maintenir sur la durée. Toutefois, Le successeur reste un film fort sur un thème important et parvient à créer une tension pendant presque l’entièreté de sa durée.
Dune : Part Two de Denis Villeneuve, sorti le 28 février

Depuis la sortie du roman Dune de Frank Herbert en 1965, le cinéma s’est vu rêvé de l’adapter sur grand écran. Jodorowsky a voulu être l’homme derrière le projet en 1975, parvenant à convaincre des personnes comme Salvador Dali ou Orson Welles de travailler avec lui. Mais le projet ne dure pas éternellement, les producteurs abandonnant l’affaire. Ridley Scott s’intéresse alors au projet Dune mais finit lui aussi par abandonner, préférant adapter Philip K. Dick avec son Blade Runner. C’est au tour de David Lynch de s’attaquer au projet : assumant l’absurdité du roman sur certains égards, le film de Lynch forme un film étrange aux ambitions visuelles intéressantes mais sûrement trop ridicules.Celui qui parviendra à adapter le roman une fois pour toute n’est pas inconnu de Ridley Scott, Denis Villeneuve ayant signé la suite de Blade Runner, échec au box office malgré son aura de chef d’œuvre, Blade Runner 2049. Le réalisateur se lance sur le projet dans les années 2010, produit par Legendary et Warner Bros, et décide de diviser le roman en deux parties, chacune faisant entre 2h30 et 3h. La première, sortie en 2021 en pleine pandémie, parvient à réaliser un score suffisamment élevé au box office pour être rentable et lancer la production de sa suite, sortant 2 ans et demi plus tard. Que vaut cette deuxième partie de Dune signée Denis Villeneuve ?

Pour commencer, le principal argument de vente de Dune 2 repose sur son casting. En effet, Denis Villeneuve rassemble autour de lui une pléiade de grands noms actuels de trois générations différentes : Timothée Chalamet, Anya Taylor Joy, Zendaya, Florence Pugh ou Austin Butler pour les plus jeunes, Josh Brolin, Rebecca Ferguson, Javier Bardem, Léa Seydoux ou Dave Bautista pour l’âge au-dessus en enfin Christopher Walken, Charlotte Rampling ou Stellan Skarsgard pour la dernière génération, sans oublier la jeune actrice suisse Souheila Yacoub. Ce casting est tout bonnement excellent. Si je conserve des doutes sur le talent de Timothée Chalamet, les directeurs de casting du film sont parvenus à réunir une équipe d’actrices et d’acteurs capables de s’imprégner de leurs personnages en très peu de temps d’écran pour certains. La caméra de Villeneuve étant plus proche d’eux que dans le premier opus, ils peuvent offrir le meilleur d’eux-même dans ce long-métrage. Pour revenir sur Chalamet, si je considère que l’acteur manque de charisme pour un tel rôle et qu’il ne possède que peu d’expressions faciales, il faut avouer qu’il se montre plutôt bon la plupart du temps et touche presque à l’excellence lors de deux scènes, scènes dans lesquelles son charisme jusqu’alors absent transparaît. Florence Pugh, Léa Seydoux et Christopher Walken se montrent excellents dans leur faible temps d’écran, donnant envie de voir plus d’eux et rappelant leur grand talent. Souheila Yacoub quant à elle parvient à voler la vedette à Zendaya lorsqu’elle apparaît à l’écran. Dave Bautista prouve une nouvelle fois qu’il est bien trop mésestimé, apportant un aspect touchant à son personnage pourtant cruel, imprégnant de nuances non regrettables. L’autre actrice touchante du film est Zendaya, celle-ci parvenant à faire ressortir des émotions de son personnage sans l’emploi de nombreuses paroles. Javier Bardem et Josh Brolin apportent quant à eux une dose d’humour bien amené au film. Enfin, Rebecca Ferguson et Austin Butler possèdent les deux meilleures performances du long-métrage : Butler se montre parfait en criminel sadique terrifiant tandis que Ferguson apporte une subtilité à son personnage manipulateur et fou.
Contrairement au premier film, celui-ci laisse comme je l’ai dit la part belle à ses personnages, s’approchant plus de leurs émotions afin de laisser pénétrer la vie dans le film. Les enjeux y sont bien amenés, en particulier ceux des personnages, leurs objectifs et leurs évolutions étant plus ludiques. Le personnage de Zendaya est le plus touchant du film, le seul à posséder un véritable sens de l’honneur, le seul à pouvoir être catégorisé de « gentille ». Celui de Ferguson est tout le contraire, devenant de plus en plus terrifiant au fil du film et cela de manière logique. Seule déception sur les personnages : les méchants ne sont que trop peu présents pour constituer une menace véritablement marquante, ils restent bons mais on aurait aimé plus, surtout quand le moyen employé pour montrer leur méchanceté est de les faire tuer leurs assistants. Le personnage de Paul est lui aussi quelque peu en dessous, son évolution narrative allant trop vite au début du troisième acte.

Pour ce qui est du scénario, celui-ci est comme je l’ai dit bien plus intime avec ses personnages. Si l’intérêt premier de Denis Villeneuve est dans les images, il n’oublie pas dans ce long-métrage de faire des protagonistes le moteur de son film, s’attardant plus sur eux afin de créer une histoire prenante et ne lassant pas du début à la fin. En effet, on arrive à croire en cet univers au sein du second opus : Villeneuve parvient à nous emmener dans ce monde de fantasy et à nous donner envie de ne pas le quitter. Le seul petit défaut narratif qui n’en est pas véritablement un, l’écriture parvenant étrangement à le justifier, est le fait que les personnages en savent trop sur ce qu’il se passe et où leurs ennemis vont être. Les dialogues quant à eux sont plus que convaincants, certains donnant même des frissons de grandiose. Pour ce qui est de la conclusion, si celle de la première partie était inachevée, celle de la seconde est excellente : le film arrive à conclure son histoire tout en créant une attente pour une potentielle suite. Le dernier plan du film lui-même représente cette fin toute entière, concluant les intrigues mais donnant un aperçu de l’avenir de l’univers.
De plus, le long-métrage apporte un point de vue politique innovant dans le paysage hollywoodien tenant sur les points suivants : nature d’un héros et d’une prophétie ainsi que questionnement sur le pouvoir et le fanatisme religieux. Le long-métrage apporte des nuances tout en étant clair sur sa dénonciation de ce fanatisme et les dangers qu’il contient, le tout par une gestion de son discours politique plus que exquise, ne faisant pas uniquement des méchants les étendards du mal mais insistant sur son ancrage dans tous les camps d’une guerre. Par ce message politique, Villeneuve parvient à mêler la forme du film à son fond, et cela offre une bonne transition pour traiter de cette forme.
Denis Villeneuve est un très bon réalisateur : il parvient à capturer l’épique de son film et implante de nombreuses idées visuelles, osant même des expérimentations intéressantes, notamment concernant le personnage d’Alia Atréides. Sa froideur laisse place à plus d’émotions tout en instaurant de bons choix de caméra. S’il conserve toujours des difficultés à quitter son réalisme faisant défaut à certaines scènes, il est bien plus enclin à accepter la fantaisie de son univers et l’absurdité de certains éléments, parvenant alors à les faire fonctionner. Le passage en noir et blanc du film représente tout le génie de Villeneuve : le réalisateur offre une atmosphère créative et inventive tout en justifiant son choix esthétique par la narration du film.
La photographie de Greig Fraser est une nouvelle fois sublime, le directeur photo sublimant sa pellicule à chaque instant.

En conclusion, Dune : Deuxième Partie est bel et bien l’un des meilleurs blockbuster de science-fiction existant. Le long-métrage s’inscrit dans cette lignée de suite de grandes qualités, se reposant sur les appuis du premier pour les creuser en profondeur. Dune 2 confirme le talent de Villeneuve à signer une suite encore meilleure que le premier film tandis que son œuvre rejoint L’empire contre-attaque au panthéon des chef d’œuvres de space fantasy. N’ayant que peu apprécié la première partie, ma surprise fut totale lorsque le film est parvenu à m’accrocher du début à la fin et à me faire suivre toutes ses péripéties. Là où le premier film était irréprochable sur sa forme mais creux dans son fond, sa suite conserve les qualités visuelles du premier, les pousse plus loin et se sert de ce qu’il a permis : une création d’univers. L’univers existant déjà, Villeneuve peut dorénavant ajouter à son monde de l’émotion, de l’épique et un questionnement plus profond sur la nature d’une prophétie, le fanatisme religieux et le pouvoir. Par ce questionnement, le réalisateur fait vivre ses personnages, les rend humains et crée une merveille de cinéma.
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