Critiques de films

Drôle d’été que celui de 2024. Entre les jeux olympiques et les législatives, le cinéma a essayé d’exister et d’offrir une alternative, un autre divertissement pour ceux n’aimant pas le sport et un lieu de consolation pour ceux inquiets de la situation politique française. Si les blockbusters estivaux américains se sont faits rares, à cause des studios payant le prix de leur refus d’écouter acteurs et scénaristes il y a un an lors de la grève d’Hollywood, les blockbusters français de mai (Un p’tit truc en plus) et de juin (Le comte de Monte-Cristo) ont continué de propulser les entrées en salles pendant l’ensemble de l’été, offrant un mois de juillet à près de 19 millions d’entrée, soit un score presque équivalent à celui de juillet 2023, mois de juillet alors porté par Mission Impossible 7, Indiana Jones 5, Barbie et Oppenheimer. Le mois d’août lui a proposé les sorties les plus intéressantes de l’été et a engendré plus de 14 millions d’entrées, un million de moins qu’en 2023 mais un score tout de même positif.
Sont sortis en juillet en streaming le troisième opus Direct to vidéo de la trilogie d’animation Justice League : crisis on infinite earths ainsi que sur Prime Video, Le ministère de la sale guerre de Guy Ritchie. Au cinéma, la France a proposé le nouveau film de Jérémy Clapin (Comment j’ai perdu mon corps) à savoir Pendant ce temps sur terre. Les films américains étaient les suivants, d’un côté Garfield et Moi, moche et méchant 4 niveau animation, de l’autre Twisters, To The Moon, Horizon et Deadpool & Wolverine niveau live-action.
En août sont sortis en termes de blockbusters américains Alien : Romulus et Borderlands tandis que les films Trap de M. Night Shyamalan et Blink Twice de Zoé Kravitz sont sortis eux aussi. Enfin, les films cannois City of Darkness et Emilia Perez ont complété cet été.

Ne voulant m’infliger de films me paraissant de faible qualité, je ne suis point allé voir Deadpool 3, Borderlands et To The Moon. Par souci de temps, je n’ai pu voir ni Horizon de Kevin Costner, ni Blink Twice ni Pendant ce temps sur Terre.
Pour ce qui est des films vus qui ne seront traités, Moi, moche et méchant 4 montre que la saga n’a plus rien à dire à travers des intrigues secondaires multiples laissant stagner les personnages ; Garfield se révèle être un film enfantin assez cynique dans lequel l’animation travaillée apparaît comme la sauveteuse d’un film manquant de saveurs ; Twisters est un blockbuster ayant conscience de son statut mais manquant de confiance en lui, si le casting est bon, la musique alourdit le film dans sa globalité ; City of Darkness est un bon film à la mise en scène créative et à l’action impressionnante ; Le ministère de la sale guerre possède tout pour réussir mais son réalisateur oublie de savoir quel ton et personnalité lui offrir.

Sont donc traités dans cet article Trap et Alien Romulus.


Trap de M. Night Shyamalan, sorti le 7 août

Après deux adaptations coup sur coup, Old en 2021 et Knock at the cabin en 2023, le réalisateur M. Night Shyamalan fait son retour avec un film original, Trap. Le réalisateur souvent réduit dans la perception générale par son écriture à twist est connu pour avoir réalisé Le sixième sens, Incassable ou encore récemment Split. Il est aussi connu pour des films moins aimés comme l’adaptation live action d’Avatar : le dernier maître de l’air. Ces deux derniers films avaient divisés, à raison, ceux-ci contenant à la fois de grandes idées et des mauvaises, on retiendra de Old un concept original et intriguant, arrivant relativement à tenir en haleine mais faisant face à une fin décevante et à un casting mal dirigé, tandis que Knock at the cabin s’était révélé être un film parfaitement joué et réalisé mais faisant l’effet d’un soufflet, diminuant en intensité au fur et à mesure. Pour son nouveau film, décrit comme Hannibal Lecter à un concert de Taylor Swift, Shyamalan s’entoure à son casting du mésestimé Josh Hartnett, de Alison Pill et de sa propre fille, la chanteuse Saleka Shyamalan. Que vaut ce nouveau Shyamalan ?

Si Trap signe le retour de M. Night Shyamalan à des films originaux, le long-métrage signe aussi le retour de Josh Hartnett à des premiers rôles. L’acteur, vu l’an dernier dans Oppenheimer de Christopher Nolan, signe son retour au premier plan par une performance figurant parmi les plus impressionnantes de l’année : il parvient à interpréter un père aimant à la double vie psychopathe avec brio, passant d’un aspect à l’autre de sa personnalité avec subtilité et à mélanger les deux parties de son personnage dans son jeu sans paraître en surjeu. Il prouve aussi ses capacités à faire semblant de mal jouer lorsque cela est nécessaire pour son personnage. Après avoir réussi à prendre le meilleur de Bruce Willis dans Incassable, de James McAvoy dans Split ou de Dave Bautista dans Knock at the cabin, Shyamalan parvient à tirer de Josh Hartnett le meilleur de lui-même, rappelant l’aspect sous-estimé de l’acteur. Pour ce qui est du reste du casting, celui-ci est correct sans être dirigé de manière extra-ordinaire. L’actrice interprétant la fille de Hartnett fait de son mieux mais la direction d’acteurs et les dialogues ne l’aident pas à prouver son talent, tout comme la plupart des autres membres du casting, à l’exception notable de la fille de Shyamalan, Saleka, qui montre qu’elle n’est pas ici juste car son père est réalisateur mais bien car elle a quelque chose à offrir dans son interprétation. Elle parvient à rendre vivant son personnage alors que celui-ci est assez superficiel.
Comme je l’ai dis, les dialogues sont l’une des causes empêchant les acteurs d’être tous au niveau. En effet, ceux-ci sont creux et peu crédibles, brisant souvent la suspension d’incrédulité et bloquant le casting dans leur jeu, les empêchant d’offrir une performance crédible. Ce problème de dialogue s’accompagne d’un autre problème, celui de l’humour du long-métrage. Le film essaie à plusieurs reprises de provoquer le rire chez le spectateur mais échoue lamentablement, paraissant plus lourd qu’autre chose en raison de son manque de cohérence avec ce que l’ambiance du long-métrage ainsi que la diction des répliques essaient de dégager.
Pour finir sur les personnages et l’écriture du long-métrage, les personnages de gentils sont trop gentils dans le film. Le véritable problème que suscite cet aspect est l’absence de critique de l’hypocrisie du film. Ce problème n’en serait pas un, il serait juste une occasion ratée, si une scène du film n’existait pas, une dans laquelle Shyamalan sous-entend cette idée avec le personnage du mentor de la chanteuse du concert. Shyamalan aurait pu creuser plus ce thème, d’autant plus qu’il essaie d’expliquer les meurtres de son protagoniste par une envie de s’en prendre à ceux se croyant purs, mais le film ne fait rien de ce sujet, et c’est bien dommage.

L’autre thème principal du long-métrage est la relation parentale et la capacité à allier ou non vie professionnelle et vie personnelle. Ce sujet là est déjà plus abouti dans le film, notamment à travers des éléments de réalisation méta-textuel bien amenés. En effet, dans une scène du film, la fille de Cooper (personnage de Hartnett) se retrouve à danser avec la chanteuse, jouée par la fille de Shyamalan. Le réalisateur offre ce moment à travers une caméra à hauteur du personnage de Cooper, faisant un parallèle entre le regard du père voyant sa fille grandir et le regard du réalisateur, voyant lui aussi sa fille grandir et devenir une célébrité à son tour. Ce parallèle par la réalisation est assez intéressant et permet de questionner la manière dont vie professionnelle et vie personnelle peuvent se marier.
Cet aspect méta-textuel de la réalisation de Shyamalan n’est pas le seul du long-métrage. En effet, le caméo du réalisateur dans le film est lui aussi trouver avec une certaine subtilité et finesse. En interprétant le personnage offrant une porte de sortie aux protagonistes lorsque l’intrigue commence à stagner, Shyamalan joue son propre rôle de réalisateur, celui permettant à l’histoire d’avancer. Ce genre de réflexions fait penser positivement le long-métrage malgré ses défauts  : Shyamalan garde une intelligence dans la composition de son image.
Cette intelligence se retrouve globalement dans la réalisation du film : Shyamalan sait jouer sur le stress et le montre, rappelant qu’il connaît les classiques d’Alfred Hitchcock et sa notion du suspens, l’appliquant dans son film. Le réalisateur offre une première partie de film bien rythmée dans laquelle il filme son protagoniste de manière à laisser Hartnett diriger l’émotion dans son jeu. Le réalisateur permet un jeu de chat et de la souris qu’il accentue en permanence par son cadre, transformant la foule en amas offrant une cachette à Cooper mais le gardant toujours au centre du cadre, rappelant qu’il est une cible constante. Autre idée intéressante de sa réalisation, les plans cachant la moitié du visage de Cooper afin de jouer sur sa peur, sa double identité et sur le jeu de chat et de la souris du film. Le problème de la réalisation vient en revanche de la musique : celle-ci en fait trop, nous donnant trop d’éléments et venant sur expliquer ce que l’image nous dit déjà. La musique vient donc faire l’inverse de l’effet escompté, au lieu d’accentuer la tension, elle la fait redescendre par sa lourdeur.
Si la première partie du film forme une bonne course contre la montre malgré ses problèmes, la seconde partie tourne vite en rond, enchaînant plusieurs fois le même procédé sans véritablement le renouveler : Cooper a un plan, il échoue et on croit qu’il va se faire prendre, il s’échappe, trouve un nouveau plan et le cercle vicieux recommence.

En conclusion, Trap  est imparfait comme souvent avec les films de M. Night Shyamalan. Le long-métrage oscille constamment entre catastrophe et réussite et parvient tout juste à rester sur la ligne du milieu, le rendant ainsi intriguant et correct. Il y a toujours chez le réalisateur, même dans ses histoires les plus ratées, une volonté d’aller plus loin, des idées démontrant son talent. Si le film finit malheureusement par lasser, le réalisateur arrive à faire oublier à de nombreuses reprises les nombreux défauts de son œuvre pour offrir du divertissement brut et techniquement impeccable : une manière de voir le cinéma qui passe ou qui casse mais qui reste en tête.


Alien : Romulus de Fede Alvarez, sorti le 14 août

Depuis 1978 et Le huitième passager, la saga Alien n’a cessé de se renouveler, offrant chaque film à de nouveaux réalisateurs afin d’obtenir des long-métrages au style plus différent les uns que les autres et apportant chacun leur pierre à l’édifice, qu’elle soit de qualité ou non. Après le slasher de Ridley Scott est donc venu le film de guerre de James Cameron, Aliens, puis le film de prison signé David Fincher, ou plutôt la Fox et enfin le film à l’ambition cartoonesque du français Jean-Pierre Jeunet, Alien Resurrection. Après la quadrilogie Alien centré sur Ellen Ripley, Ridley Scott est revenu aux commandes de la franchise pour signer deux prequels ayant divisé, Prometheus et Covenant, ceux-ci s’approchant de la réflexion athéiste du cinéaste. Les résultats décevants de ces deux films ont entraîné la Fox à changer de direction pour la saga. Suite au rachat par Disney, le studio aux grandes oreilles a pris la décision d’exploiter au mieux la licence en lançant la production d’une série par Noah Hawley, de laisser travailler Scott sur ses suites à Prometheus et de lancer l’idée d’Alien 5. Alors qu’aucun de ces projets n’est actuellement sorti, un autre, du nom de Romulus et confié au réalisateur du remake de Evil Dead, Fede Alvarez. Ce nouvel opus se déroule entre les deux premiers films de la saga et raconte l’histoire d’un groupe de jeunes, interprétés par Cailee Spaeny (Priscilla de Sofia Coppola), David Jonnson, Archie Renaux, Isabella Merced, Spike Fearn et Aileen Wu. Que vaut donc ce nouveau film Alien ?

Pour commencer, le casting de ce nouvel Alien se compose presque exclusivement de nouvelles têtes du cinéma américain, les deux actrices les plus populaires étant Cailee Spaeny et Isabella Merced. Seul un acteur connu est présent dans le film, et constitue d’ailleurs son point noir sur lequel je m’étendrais plus tard. Spaeny confirme après Priscilla et Civil War sa capacité à interpréter différents types de personnages. Elle se place ici dans le rôle typique de final girl du cinéma d’horreur et apporte à celui-ci un aspect naturel, dans la lignée du jeu de Sigourney Weaver dans la quadrilogie principale. Isabella Merced quant à elle confirme aussi sa versatilité et donne envie de la revoir dans de nouveaux films, de nouveaux films de qualité de préférence plutôt que Madame Web. Si le reste du casting de jeunes est solide, apportant réalisme au long-métrage sans pour autant offrir de performances marquantes, David Jonnson sort du lot et se révèle comme la surprise de ce long-métrage. L’acteur apporte à son personnage d’Andy un aspect terrifiant et drôle à la fois, alternant entre les deux avec facilité. Celui-ci montre ce qu’il faut pour jouer un  synthétique, alliant humanité et robotisme sans jamais paraître forcé.
La force de ce casting, composé majoritairement d’inconnus, permet d’accentuer le message politique sur la jeunesse sacrifiée du long-métrage. En effet, avant d’être un film d’horreur, Alien : Romulus est un film politique dont le message se rajoute à l’allégorie du viol, sujet central de la sags depuis 1978. Les personnages d’Alien Romulus cherchent à s’évader de leur lieu de vie, lieu dans lesquels le système les exploite. Cette recherche de liberté est accentuée par la réalisation d’Alvarez et la photographie, notamment par le biais de la lumière : une fois dans l’espace, le terne de l’image est remplacé par un soleil éclatant, donnant espoir pendant une courte période avant que le film ne retombe dans une esthétique sombre, nous faisant comprendre que le sort des personnages est loin d’être gagné, que le système refuse tout changement. Afin de faire passer sa critique sociale, Alvarez prend soin d’employer les différents éléments de l’univers Alien. Les androïdes par exemple permettent de faire passer le message que le système oppresseur ne voit en la jeunesse qu’un intérêt, quelque chose qui mérite leur attention uniquement si elle leur permet de faire prospérer ce système. Cette critique est d’autant plus ironique que les androïdes sont censés suivre les lois d’Asimov et donc servir avant tout l’intérêt des humains, et donc ici de la jeunesse.
Là où les synthétiques servent l’idée du système exploitant la jeunesse, l’alien sert quant à lui l’idée de celui refusant le changement du système en s’en prenant à une jeunesse optimiste, jusqu’à la pourrir de l’intérieur et la transformer en monstre difforme que le système peut contrôler.

Cette idée peut être mise en parallèle avec le casting du film et l’industrie hollywoodienne actuelle. Un jeune casting fait face à un acteur d’un ancien temps, dorénavant une image artificielle, un acteur ancré dans l’imaginaire collectif et ayant réussi sa carrière, qui les empêche d’obtenir leur liberté, potentielle métaphore d’un acteur voulant empêcher une jeune génération de le remplacer, à moins que celles-ci ne servent à le mettre en valeur. La critique des studios va encore plus loin dans cette analyse potentielle du film. En effet, ceux-ci cherchent à créer le plus possible de bénéfice en se raccordant à ce qui existe déjà et en voulant copier la recette des succès d’antan, allant jusqu’à créer un projet difforme, à l’image de l’alien final.
On peut toutefois regretter deux éléments sur la critique sociale du long-métrage. Le premier est son absence de subtilité dans certaines idées de réalisation (cf : gros plan sur un oiseau en cage pour accentuer sur le fait qu’ils sont prisonniers sur leur planète initiale). Le second, moralement bien plus grave, est la présence de l’acteur décédé Ian Holm dans le film. Ian Holm est connu pour incarner le synthétique du film de 1978. Au lieu d’engager Michael Fassbender, synthétique de Prometheus et Covenant, Alvarez a fait le choix de “ressusciter” Holm à travers l’image de synthèse. L’acteur est décédé et le ramener à la vie de la sorte est irrespectueux à son égard et pose des questions morales sur où s’arrête la vie des acteurs dans l’industrie actuelle, d’autant plus à l’heure où l’intelligence artificielle menace de les remplacer.
Pour ce qui est de la réalisation, si Alvarez reste timide dans le glauque et l’horreur, il parvient à instaurer une forte tension, n’hésitant pas à faire preuve de sadisme. Le réalisateur offre une mise en scène fluide accompagnée par une direction artistique sublime jouant sur l’ambiance et la tension du film. On peut notamment saluer un mélange entre effets spéciaux pratiques et numériques, mélange réussi.
Toutefois, le film souffre d’une nécessité de connaître la saga afin de le comprendre pleinement, notamment à cause de son aspect compilation de références, plus ou moins discrète, aux autres films, ou bien en raison de sa structure qui reprend celle des films précédents, dénuant le long-métrage d’une personnalité propre.
Pour le scénario, si ses facilités sautent aux yeux lors du troisième acte et que sa reprise des films précédents le fait pécher, celui-ci reste relativement solide, par son message comme dit précédemment, mais aussi par sa capacité à gérer ses personnages. Effectivement, le film parvient à créer de l’attachement envers ses protagonistes, en particulier le duo principal : on a peur pour eux, notamment peur d’une fin plus sombre les concernant.

En conclusion, si Alien Romulus de Fede Alvarez frôle parfois un aspect fan-film, lorgnant sur les traces de Rogue One de Gareth Edwards pour la saga Star Wars, notamment en proposant un long-métrage best-off des précédents, celui-ci se compense par une lecture politique actuelle et profonde. Le long-métrage brille aussi par son travail plastique irréprochable, notamment dans son alliance entre effets spéciaux pratiques et numériques, ainsi qu’à travers sa direction artistique, emmenant la franchise dans ce que permet la technologie actuelle. Malheureusement toutes les bonnes intentions de Fede Alvarez ne réussissent pas toujours, son horreur restant assez timide bien que dès qu’il l’embrasse il arrive à terrifier. Un film pour fan de la saga certes, mais un film cherchant à raconter quelque chose au-delà de son fan-service, en l’occurrence la recherche de liberté d’une jeunesse sacrifiée.


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