Critiques de films

Si mai a bénéficié du succès surprise du film d’Artus, Un petit truc en plus, le box office de juin a continué de s’appuyer sur le film du comédien et a profité de l’arrivée en salles de Vice-Versa 2 des studios Pixar pour booster les entrées, ainsi que de la fête du cinéma en fin de mois. Cette fête du cinéma s’accompagne de l’autre grand succès français de l’année, à savoir la nouvelle adaptation du roman d’Alexandre Dumas, Le comte de Monte-Cristo réalisé par Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière.
En juin sont donc sortis côté français Le comte de Monte-Cristo ainsi que le nouveau film de Marjane Satrapi (Persepolis), Paradis Paris avec Monica Bellucci ou encore Les pistolets en plastique de Christopher Meurice et La petite Vadrouille de Bruno Podalydès. Les sorties américaines du mois étaient les suivantes : Love Lies Bleeding de Rose Glass, The Bikeriders de Jeff Nichols, Les guetteurs d’Ishana Shyamalan, Kinds of Kindness de Yorgos Lanthimos, Sans un bruit J1 de Michael Sarnoski et Vice-Versa 2 de Kelsey Mann.

Par manque de temps ou d’envie je n’ai pu voir ni le film de Satrapi ni celui de Shyamalan ni celui de Meurisse. La nouvelle comédie de Bruno Podalydès se révèle être un film de vieux parfois marrant, souvent intriguant mais rarement prenant bien que la douceur qu’il propage fasse oublier certains défauts d’écriture. Love Lies Bleeding est un film des plus singuliers tirant son énergie dans sa romance queer et ses deux actrices principales mais semblant souvent superficiel : de l’idée et de l’envie à revendre, trop justement, passant à côté de l’essentiel. Le spin off à la franchise Sans un bruit se montre assez vain en reproduisant ce qui a déjà été fait avant dans la franchise mais parvenant à emporter un minimum par son casting et ses jump-scares. Enfin, The Bikeriders réussi malgré son aspect narratif trop bavard à emporter par son ambiance et son casting. Si les émotions avaient été au rendez-vous pour le film de Nichols, il aurait sûrement été un des meilleurs de l’année.

Les trois films traités sont donc Vice-Versa 2, Kinds of Kindness et Le comte de Monte-Cristo.


Vice-Versa 2 de Kelsey Mann, sorti le 19 juin

Depuis le Covid 19, Pixar, studio d’animation appartenant à Walt Disney Company, peine à sortir la tête de l’eau financièrement. Le studio derrière les succès Ratatouille, Monstres & Cie ou encore Les indestructibles  et Wall-E n’ont obtenus aucun succès financier depuis 2020, la faute à une stratégie de sortir leurs films directement sur Disney +, empêchant à Luca, Soul et Turning Red de rapporter de l’argent au studio malgré leurs tentatives visuelles et narratives. Les seuls films à avoir obtenu une sortie en salles ont quant à eux fait perdre de l’argent au studio dans le cas de Buzz l’éclair, spin off à la franchise Toy Story qui a d’ailleurs laissé la qualité dans la franchise principale, tandis que Elementaire est à peine parvenu à se rentabiliser. Pour renflouer les caisses et se garantir de beaux succès, Pixar a donc opté pour la méthode de la maison mère, Disney, à savoir la production de suites. C’est ainsi que furent annoncés Toy Story 5 et Vice-Versa 2. Dans cette suite du succès de 2015, l’héroïne Riley devient adolescente et les émotions qui habitent sa tête font face à de grands changements. Pete Docter quitte la réalisation pour la production, permettant à Kelsey Mann de réaliser son premier long-métrage. Cette suite est-elle inutile ou parvient-elle à produire une certaine qualité ? 

Pour commencer, les personnages de ce second volet sont tout autant attachants que ceux du premier si ce n’est plus. Les personnages du premier film qui reviennent ont le droit à être creusés plus en profondeur, notamment Colère, Peur et Dégoût tandis que les nouveaux sont bien introduits. On pourrait chipoter sur l’abondance de personnages, certains paraissant inutiles en comparaison d’autres, mais cette répartition se justifie par la dynamique de groupe que le long-métrage crée entre eux, rendant logique la présence d’autant de personnages, et réussissant à ne pas donner la sensation que quelques uns soient de trop. En tout cas, cette sensation se ressent pour tous les personnages à l’exception d’un : le secret enfoui. Ce personnage, au design rappelant étrangement celui du film La nuit d’Orion, renferme une thématique sur le refoulé extrêmemnt intriguante, et pendant tout le long-métrage, son retour est attendu alors qu’il ne possède qu’une seule scène, une scène dans laquelle il ne sert à rien. Thématiquement intéressant, ce personnage semble être présent dans le but de présenter un spin off ou une suite potentielle plutôt que de participer au film. Un potentiel gâché et la seule tache sur les personnages du film. Seule tache pas vraiment bien que l’autre ne soit que partielle, celle du personnage de Nostalgie. Assez amusant et plaisant, ce personnage semble pourtant forcé et ne colle pas avec le reste du film tant sa présence semble aussi être là pour présenter une suite potentielle dans laquelle elle obtiendrait de l’utilité. Pour les autres, ceux-ci sont réussis comme je l’ai mentionné précédemment. Colère est drôle et entraînant tandis que Tristesse et Embarras forment un duo amusant et touchant par ce qu’ils tendent à raconter, à savoir que c’est en s’ouvrant aux autres que l’on trouve du bonheur. Le duo Tristesse et Embarras fait directement écho à la trajectoire de Riley dans le film, particulièrement Embarras qui va apprendre à se débarrasser d’anxiété pour trouver de la joie. Pour les autres personnages, leurs évolutions contribuent aussi à la portée symbolique du film, à savoir que tous les souvenirs sont bons à conserver afin de forger notre identité propre et consciente d’elle-même. Dans ce travail thématique, Pixar vient confirmer sa continuité dans la recherche philosophique de ses long-métrages.
En effet, Vice-Versa 2 se veut riche thématiquement et cherche à se placer en aide pour les enfants dans la période de l’adolescence, aide pour les accompagner afin de grandir. La fin du film garde ainsi un suspens intéressant accentuant la morale du film : l’important n’est pas le résultat ni la perfection, l’important est de se trouver soi-même et d’atteindre son bonheur sans s’oublier. Une morale certes déjà vue mais toujours intemporelle.

Le traitement de l’adolescence en lui-même est efficace bien que le film reste souvent en surface, à cause d’une histoire classique. En effet, le scénario de ce Vice-Versa 2 a beau se montrer riche thématiquement et entraînant narrativement, il faut reconnaître que l’histoire de Riley dans le film est des plus classiques. Celle-ci ne possède aucune véritable surprise et est déjà connue d’avance des spectateurs. L’intérêt narratif se trouve plutôt dans l’histoire des émotions, là aussi relativement classique mais déjà plus pertinente et intéressante. On regrettera tout de même que le trajet des protagonistes repose uniquement sur des aléas, ne leur donnant aucune compétence propre pour parvenir à la fin de leur quête. L’autre point du scénario que l’on peut remettre en cause vient de moments assez gênants notamment l’introduction des personnages. Le long-métrage possède une scène dans laquelle une crise de panique est représentée, et en plus de manière juste et réaliste. Après Le chat Potté 2 il y a deux ans, il semblerait que l’animation américain ait fait de ce sujet son cheval de bataille, et tant mieux. Cela permet de bien comprendre les causes et les manières de réagir face à des personnes dans cette situation, en plus de permettre des moments touchants au sein du scénario. L’humour du film, porté par ses personnages et les différentes situations, est quant à lui de haut niveau, qu’il s’agisse du gag parodiant le Tourniquet de La maison de Mickey ou simplement les blagues de caractères des protagonistes. Le film parvient à faire rire petits et grands en créant une unité entre les deux, chose assez rare et toujours plaisante à prendre. Face à cet humour, le long-métrage n’hésite pas à installer des émotions fortes et le fait avec justesse et finesse, les rapprochant aux thématiques du long-métrage.
La réalisation de Kelsey Mann est des plus efficaces. Moins puissante formellement que celle du premier volet, le réalisateur parvient toutefois à filmer l’émotion de ses personnages tout en créant un monde particulier pour le film. Celui-ci fait preuve d’une grande créativité dans l’univers et la recherche visuelle de celui-ci. Il opte pour une approche intimiste mais réussit à créer une sensation de grandiose à basse échelle par son image. En cherchant à plaire au plus grand nombre, il n’oublie pas de faire une histoire qui semble personnelle et d’apporter sa vision intime sur son sujet. L’animation du film est sublime, les images de synthèse ne possèdent aucun souci apparent tandis que le réalisateur cherche à jouer sur les styles d’animation en incluant dans son film un personnage en 2D et un personnage pixelisé, témoignant une recherche graphique du studio afin de ne pas se limiter à une simple 3D. 

En conclusion, cette suite de Vice-Versa semble plutôt sans intérêt aux premiers abords mais son aspect purement mercantile parvient à se faire oublier pour privilégier une histoire faillible mais qui conserve la force de Pixar, à savoir parler de sujets importants, ici le passage à l’adolescence, par le biais de la puissance de l’animation. Narrativement faillible sur la forme et maladroit sur le fond, le film réussit toutefois à entraîner dans son sujet par le cœur mis à l’ouvrage et la recherche visuelle du long-métrage. Pixar réussit l’exploit de transformer une suite inutile en un projet touchant plein d’investissements et ayant quelque à raconter de personnel à son auteur par le biais de personnages attachants et d’une animation sublime. Vice-Versa réussit donc à se placer au niveau du film précédent et à être une bonne suite Pixar, en espérant que l’avenir du studio, avenir qui semble se baser sur des suites uniquement, parvienne à être du même acabit.


Kinds of Kindness de Yorgos Lanthimos, sorti le 26 juin

Seulement quelques mois après la sortie de Poor Things ou Pauvres Créatures en version française, le cinéaste grec au style bien à lui, Yorgos Lanthimos, fait son retour, une nouvelle fois via une production anglophone. Le réalisateur poursuit sa collaboration avec Emma Stone, celle-ci ayant remporté un oscar sur Poor Things pour sa performance, et maintient son association avec Wilafoe et Margaret Qualley, déjà présents dans Poor Things. Hunter Schafer et Hong Chau rejoignent quant à elles le cinéma de Lanthimos, tout comme Jesse Plemons dont l’interprétation dans ce film lui a valu un prix à Cannes. Alors que Poor Things était parvenu à tirer profit de son univers et de son actrice pour offrir un film d’émancipation féminine à l’ambiance steampunk, Kinds of Kindness prend le parti pris de raconter trois histoires différentes avec les mêmes acteurs dans chacune d’entre elles et de se dérouler dans une Amérique moderne. Lanthimos parvient-il à reproduire le succès de Pauvres Créatures ou se perd-t-il dans son cinéma ? 

Pour commencer, parlons de la réalisation de Lanthimos. Comme dit en introduction, Lanthimos est un réalisateur très talentueux, un véritable artiste possédant sa propre vision, comme l’ont déjà trouvé Poor Things et La favorite. Comme tout artiste, celui-ci divise sur ses choix esthétiques et sa manière de voir les choses. Là où par le passé je le défendais, notamment sur Pauvres Créatures, je dois admettre que le Lanthimos de Kinds of Kindness est bien moins pertinent et efficace que par le passé. Si celui-ci possède toujours de nombreuses idées de cadrage et de compositions de plans afin de raconter quelque chose, rappelant une nouvelle fois être un artiste, il faut reconnaître que Kinds of Kindness se montre parfois plat dans sa réalisation, se contentant de filmer ce qui se passe. Lanthimos réussit tout de même à créer une ambiance anxiogène pendant 2h44 qui fonctionne et qui parvient à prendre, lentement mais sûrement. Lanthimos prouve donc avoir des idées mais ne tient pas la durée entière de son film avec celles-ci. Pourtant, le principal défaut de sa réalisation est tout autre : Lanthimos semble de plus en plus nombriliste dans son cinéma, laissant son égo grossissant prendre le dessus sur son talent. La réalisation de Kinds of Kindness est donc des plus mitigées, les bonnes idées étant parasitées par l’égo du réalisateur se ressentant tandis que les moments plats du film se font sauver par une maîtrise de l’ambiance du long-métrage. En revanche, Lanthimos semble avoir un problème avec ses actrices. Si dans Poor Things la nudité jouait un rôle narratif primordial et aidait le message d’émancipation du film, la nudité dans Kinds of Kindness semble plutôt être un désir du réalisateur de filmer ses actrices nues, même lorsque cela n’est pas essentiel. Toutes les actrices du film y passent mais en particulier Margaret Qualley dont je reviendrais sur le cas plus tard.
Kinds of Kindness témoigne du nombrilisme de son réalisateur et de son enfermement dans un entre soi bourgeois qui souhaite paradoxalement choquer la bourgeoisie. En effet, le cinéaste filme son film de manière luxueuse, ce qui est cohérent avec son propos, mais se sert de ce luxe pour y faire pénétrer de la violence, une violence servant aussi le propos du film. Pourtant, le cinéaste ne prend jamais le temps de développer cette violence, de la questionner, ni même de creuser l’idée de la prépondérance de cette violence dans la classe bourgeoise. En revanche, le long-métrage arrive à questionner sur la condition humaine et sur la place de l’amour dans notre société. Si cela est fait de manière plutôt superficiel, le film laisse des traces de cette réflexion et parvient à légitimer certaines de ses idées clivantes grâce à ce questionnement.  

En divisant son récit en trois histoires conservant les mêmes acteurs dans différents rôles, le film prouve un talent dans le maquillage des acteurs, réussissant à transformer Emma Stone et Jesse Plemons en trois personnages différents, voire vaguement reconnaissables dans le cas de Plemons. On notera aussi un travail sur les décors et les costumes plutôt impressionnants, les décors ayant une utilité narrative et une identité propre.
Ce choix de trois histoires en un seul film apporte un problème dans la structure même du film et dans l’attachement du spectateur envers celui-ci : le fait de passer d’une histoire dans laquelle Dafoe joue le père de Stone à une dans laquelle ils couchent ensemble ne crée pas le choc espérer par Lanthimos mais crée plutôt une gêne et une lassitude tout en confirmant l’idée que son cinéma ne cherche plus qu’à choquer sans chercher à émouvoir.
Comme tout film à plusieurs histoires, celles-ci se montrent inégales les unes aux autres. En effet, si la troisième histoire se montre prenante et intrigante, parvenant à emporter par sa bizarrerie et nous donnant l’envie d’en savoir plus, la première histoire est d’une lourdeur assez folle tandis que la deuxème n’a rien à dire. En effet, les dialogues de la première histoire contribuent à la rendre lourde, ceux-ci étant mal écrits, sans naturel et sans crédibilité, tandis que la deuxième histoire ne raconte rien dans le fond, n’étant jamais claire sur ses intentions et sur ce qu’elle condamne. Ce qui est dommage sachant que cette deuxième histoire est assez entraînante et installe un mystère qui tient jusqu’à la fin de celle-ci.
Le casting du long-métrage quant à lui est de hauts niveaux : en même temps, Lanthimos ne prend pas trop de risques en rassemblant à ses côtés certains des meilleurs acteurs actuels de Hollywood. Willem Dafoe prouve toute sa complexité de jeu dans le long-métrage tandis que Plemons est extrêmement investi, parvenant à alterner sans aucun soucis trois personnages assez différents les uns des autres. Il met une nouvelle fois son aura naturelle au service de ses personnages et transmet faiblesse, folie et servitude avec aisance tandis que Emma Stone rappelle son talent indéniable dans le film en se donnant une nouvelle fois corps et âme dans le projet. Bien que Stone brille à chaque fois aux côtés de Lanthimos, il est vrai que la voir quitter son nouveau réalisateur fétiche pour jouer dans d’autres projets serait une bonne chose, la lassitude pouvant arriver dans leur prochaine collaboration. Margaret Qualley est elle aussi très douée dans le film, et cela malgré l’aspect très réducteur de son écriture, en particulier dans la première histoire. L’actrice joue dans celle-ci un personnage féminin sans aucune consistance, un cliché sur pattes, et fait nous questionner sur là où est passé l’écriture féministe de Poor Things.
Malgré ses problèmes de montage et de lassitude, le film réussit à garder un bon rythme et faire passer ses 2h44 assez rapidement notamment via quelques moments d’humour opportuns ou encore de sublimes plans à quelques moments.

En conclusion, Yorgos Lanthimos ne garde de Poor Things que ce que le film semblait présager pour le cinéaste, un regard autocentré sur sa propre carrière. Le cinéma de  Lanthimos semble se comporter dorénavant de manière prétentieuse et auto-suffisante, le réalisateur préférant s’admirer que de raconter. Toutefois, cette chute dans l’égocentrisme de  Lanthimos n’empêche pas le long-métrage de se créer des qualités notamment dans son regard intriguant sur la condition humaine ou dans sa bizarrerie qui arrive à intriguer, notamment la troisième histoire, meilleure des trois sans l’ombre d’un doute car la seule ayant quelque chose à nous raconter. On retiendra de Kinds of Kindness de bonnes tentatives, bien que souvent vaines, et un casting presque impeccable, pas toujours bien desservi par l’écriture ainsi qu’une photographie offrant de beaux plans signifiants. Si Poor Things consacrait Lanthimos en artiste, Kinds of Kindness interroge sur les capacités véritables du réalisateur : celui-ci est capable d’intriguer mais cela suffira-t-il pour maintenir un intérêt pour son cinéma dans l’avenir ?


Le comte de Monte-Cristo de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, sorti le 28 juin

En 2023, Pathé propose un diptyque adaptant l’œuvre la plus célèbre d’Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires. Si la première partie est faillible mais relativement réussie malgré ses défauts, la seconde fut un échec, échec qui ne l’empêcha pas d’obtenir un succès relatif au box-office. Souhaitant continuer cette volonté d’offrir à la France ses blockbusters en se basant sur le répertoire de notre littérature d’aventure, Pathé a permis aux scénaristes du diptyque de travailler sur une adaptation de l’autre roman culte de Dumas, Le comte de Monte-Cristo. Tout comme le faisait Les trois mousquetaires, ce Monte-Cristo 2024 contient dans son casting plusieurs noms importants du cinéma français actuel : Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Laurent Lafitte, Bastien Bouillon ou encore la révélation du film L’évènement de Audrey Diwan, Anamaria Vartolomei. Si le box-office du long-métrage s’annonce prometteur, la qualité de la seconde partie des Trois mousquetaires questionne sur la réussite artistique de ce nouveau film. Présenté en avant-première au festival de Cannes, le long-métrage de presque 3h représente un pari important pour le cinéma français, ce pari est-il réussi ?

Pour commencer, le casting du long-métrage est à la hauteur des noms le composant. Si l’on retire quelques rôles tertiaires dont le jeu ne convainc que très peu, dont l’acteur du père de Dantès, le reste du casting tient la route. Parmi les seconds rôles dont l’interprétation est pleine de justesse se trouvent Bastien Bouillon, Patrick Mille et Laurent Lafitte. Leur trio de comploteurs transpire le vice et la cruauté, tout en instaurant des nuances entre chacun des acteurs. Lafitte apporte un aspect théâtral à son interprétation, rendant ainsi son personnage plus marquant tandis que Mille se montre vicieux et convainc par l’exaspération qu’il crée avec son personnage. Anaïs Demoustier prouve une fois de plus son talent bien que son personnage soit assez en retrait. L’actrice convainc avec aisance mais on aurait aimé en voir plus d’elle afin d’être véritablement emporté par le jeu de l’actrice qui finit malheureusement par s’effacer, faute de temps d’écran suffisant pour marquer. Celle qui marque par son talent est Anamaria Vartolomei. La jeune actrice confirme son potentiel et prouve être un diamant brut du cinéma français : un grand avenir devrait en toute logique s’offrir à elle. Enfin, Pierre Niney est habité par son rôle et s’y donne le plus possible. L’investissement de l’acteur se ressent pendant les 3h et celui-ci parvient à faire parvenir les différentes nuances du comte de Monte-Cristo par son jeu. Une alchimie existe entre les acteurs, rendant chaque interactions crédibles et vivantes, et cela malgré des dialogues dont la théâtralité vient retirer du naturel à la scène : les acteurs arrivent à passer outre. Pour ce qui est de leurs personnages, ceux-ci sont développés de manière convaincante et fluide dans le long-métrage : l’intention narrative de chacun est claire et compréhensible. Bien que le comte soit celui possédant le développement le mieux amené, le personnage de Vartolomei possède un développement se ressentant grâce au jeu de l’actrice. Le long-métrage n’oublie jamais d’installer des temps calmes aux bons moments afin de se consacrer exclusivement sur les émotions des personnages.
Pour rester sur les personnages, on pourrait regretter que certains ne soient dans le long-métrage que dans un but de fonction narrative tel l’abbé. Toutefois, le film réussit à bien amener cet aspect quelque peu facile afin de rendre sa gêne insignifiante.
Les personnages possèdent pour la plupart de très bons one liners participant à les rendre iconiques et marquants : les personnages ne s’oublient pas une fois le long-métrage terminé, au contraire le long-métrage donne envie de s’intéresser plus en détail à ceux-ci notamment en se plongeant ou en se replongeant dans l’œuvre de Dumas.

Si l’on retire le fait que Demoustier et Niney n’ont pas pris une ride en 20 ans, le maquillage du film est de grande qualité et parvient à modifier l’apparence physique des personnages. Ce travail sur le maquillage s’accompagne d’un travail sur les costumes encore plus aboutis que sur Les trois mousquetaires. Ici, chaque personnage possède son identité propre par ses costumes, tandis que la couleur est au rendez-vous dans ceux-ci. Les costumes réussissent à donner de la vie à l’œuvre. Pour ce qui est des décors, la réalisation en profite au maximum et arrive à les utiliser à sa convenance pour dynamiser l’action et le cadre. Les décors servent un rôle narratif, notamment dans le développement du personnage de Dantès dont les décors traduisent la volonté de cacher sa véritable identité là où la mer vient traduire sa liberté. Pour continuer sur la réalisation, celle-ci se montre imparfaite mais ambitieuse et tient la route. Si le montage est confus, rendant les passages d’une scène à l’autre, voire d’un plan à l’autre, étranges, la réalisation cherche à créer une ambiance et à rendre la structure du film solide. Malheureusement, le duo de réalisateurs sombre souvent dans des clichés du genre de film de cape et d’épées dans certains choix de cadrage et de plans ou au contraire placent des plans sans sens dans le film comme le moment où Dantès fait des pompes, avec le plan à l’envers. Malgré cela, la chorégraphie des combats est efficace tandis que la réalisation ne cherche pas à cacher la misère de ceux-ci par des plans séquences : les combats sont découpés avec soin pour installer une pression dans ceux-ci et les rendre non pas impressionnant mais narrativement important. La réalisation parvient en dépit de ses problèmes de montage à instaurer un bon rythme malgré les trois heures de film, les faisant passer à une vitesse efficace et éloignant l’ennui le plus possible. Les réalisateurs n’hésitent pas à accentuer l’aspect cruel, parfois vicieux des actions des personnages, installant une noirceur assumée participant au message du long-métrage.
En effet, si Le comte de Monte-Cristo est une histoire de vengeance qui se tient malgré certains soucis de crédibilité, le film a conscience de sa violence et vient la remettre en question. Une légitimité de la violence et de la vengeance est remise en question par le film : celui-ci creuse la question et en vient à la conclusion que le plus important est de créer un meilleur lendemain en brisant le cycle de la violence.
Pour finir, l’aspect purement visuel du film est réussi : l’argent se ressent dans chaque plan. La photographie s’ouvre aux couleurs et les laisse venir habiter le long-métrage afin de lui créer une pâte artistique intéressante tandis que les paysages donnent de la vie au film.

En conclusion, Le comte de Monte-Cristo est presque un grand film épique à la française. Si le film possède ses défauts l’empêchant d’atteindre une véritable grande qualité, il réussit toutefois à prendre avantage de ce que le cinéma français peut offrir afin de faire un blockbuster à l’héritage francophone assumé, contrairement au diptyque Les trois mousquetaires qui lorgnait vers les productions américaines. Une légère sensation de déception face au fait que le film n’est pas suffisamment abouti, déception rattrapée par la véritable envie de cinéma du long-métrage, envie qui se voit dans le scénario, complet, ou encore dans la photographie, colorée. Un avenir de films grand public français prometteur semble se tracer, il n’y a plus qu’à espérer que dans l’avenir les blockbusters français ne prennent plus dans le passé mais créent un futur.


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