Critiques de films

Après un mois d’avril au box office toujours décevant, le mois de mai avait pour objectif l’ouverture de la saison estivale au cinéma, notamment avec l’arrivée sur nos écrans de blockbusters américains. Pourtant, la surprise du mois en termes d’entrées fut bien française. En effet, le succès surprise de Un p’tit truc en plus, premier film d’Artus, a permis de booster les entrées en salles françaises grâce à un bon bouche à oreille.
Le mois de mai a aussi été marqué par le festival de Cannes. Pourtant, rares sont les films cannois à avoir été dotés d’une sortie en salles simultanées.
En mai sont donc sortis la comédie d’Artus mais aussi côté français Marcello Mio de Christophe Honoré, film en compétition à Cannes ou encore le film d’ouverture du festival, Le deuxième acte de Quentin Dupieux. Les sorties américaines du mois étaient les suivantes : The Fall Guy de David Leitch, Blue & compagnie de John Krasinski, Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen, La planète des singes : le nouveau royaume de Wes Ball ainsi que Furiosa de George Miller. Est aussi sorti le film japonais Comme un lundi de Ryo Takebayashi.

Ni le film d’Artus ni celui de Christophe Honoré n’ont été vus de mon côté. En revanche, j’ai tenté le nouveau film de Quentin Dupieux : dans Le deuxième acte, le réalisateur se veut subversif et prend le risque de perdre ses spectateurs mais ne parvient pas à raconter par son image ce qu’il veut véritablement dire, offrant un film confus qui n’assume pas ses idées jusqu’au bout. Côté films américains, The Fall Guy est un divertissement efficace mais qui ne va pas assez loin dans sa dénonciation et tombe assez vite dans l’oubli tandis que Blue & compagnie emporte par sa mignonnerie malgré son aspect prévisible et son absence de focus. Le nouveau film La planète des singes pêche lui aussi dans sa capacité à exprimer un message clair par son imagerie : souvent proche de l’échec, le film se rattrape souvent au dernier moment pour instaurer un divertissement efficace bien qu’en dessous des deux derniers films de la saga. Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen est un projet plein d’amour mais peu passionnant, un film joli mais assez vain. Enfin, Comme un lundi est un film sympathique dont la deuxième partie emporte plus que la première mais tire en longueur.

Dorénavant, passons à la critique du coup de cœur mensuel : le nouveau volet d’une saga que je n’affectionne pas plus que cela, Furiosa : a Mad Max story.


Furiosa de George Miller, sorti le 22 mai 2024

Furiosa : A Mad Max story est le cinquième film de la saga lancée par George Miller en 1979 et relancée en 2015, toujours par Miller avec Fury Road. Suite à ce revival il y a déjà neuf ans, Miller annonce deux suites en développement, une intitulée The Wasteland qui suit les aventures du personnage éponyme de la saga et une autre alors inconnue qui se révèlera plus tard être Furiosa, un préquel à Fury Road sur le personnage alors campé par Charlize Theron. Ayant refusé de rajeunir Theron pour ce prequel, Miller choisit Anya Taylor-Joy (Last Night in Soho, Le Menu) pour jouer la version jeune de Furiosa tandis que Chris Hemsworth (Thor) rejoint le film dans le rôle de l’antagoniste. Miller signe ce nouveau film en souhaitant conserver ce qui fait l’ADN de sa saga, à savoir des histoires indépendantes les unes des autres et offrant quelque chose de différent par leurs styles. Le pari de Miller se révèle être ma découverte favorite de ce mois de mai 2024 malgré ses faiblesses. En quoi Furiosa est-il un film réussi mais imparfait ?

Pour commencer, Furiosa est un film porté par son actrice principale : Anya Taylor-Joy prouve une énième fois son grand talent. L’actrice est sans aucun doute l’une des plus talentueuses de sa génération, si ce n’est la plus talentueuse. En peu de paroles, elle capture l’aura de son personnage et base son interprétation sur son regard perçant, capturant le spectateur et ne le libérant plus. Chris Hemsworth quant à lui campe avec un surjeu assumé un despote qu’il arrive à rendre vivant et ne rend jamais ridicule, alors que le personnage a tout pour l’être en cas de mauvaise interprétation. Le reste du casting du film est quant à lui plus mitigé. En se consacrant sur les deux acteurs principaux, la direction d’acteurs oublie de donner assez de substance pour les seconds rôles, ceux-ci alternant entre réussite, donnant de la personnalité en peu de temps d’écran, et échecs, tombant dans un surjeu lamentable et peinant à rendre crédible les dialogues. Les acteurs permettent d’offrir à leurs personnages une alchimie non refusable, en particulier pour le cas d’Anya Taylor Joy et de Tom Burke. En effet, si leur couple n’a que peu de moments servant à le consolider, l’alchimie entre les acteurs parvient à le rendre crédible. Cette alchimie se ressent aussi entre Taylor Joy et Hemsworth, les deux arrivant à créer une sorte de haine mélangée à un léger respect qui fonctionne parfaitement avec le souhait de mise en scène de Miller.
Pour le reste au niveau des personnages, le scénario se concentre avant tout sur leur confrontation idéologique. Celle-ci est suffisamment mise en avant pour être crédible et permet de tracer le chemin pour l’évolution du personnage de Furiosa, personnage au milieu de l’affrontement politique entre deux cas, une sorte de monarchie de droit divin représenté par Immortan Joe dont les concubines et l’insistance sur les fils de bon sang se rapporte à la monarchie, et une sorte d’autocratie d’un influenceur prêt à tout pour toucher à la célébrité et au pouvoir, représenter par un Dementus dont la démagogie et la capacité à remettre ses échecs sur les autres rappelle de nombreux politiciens modernes. Miller parvient sans trop développer ses personnages, en leur offrant un statut d’idées, à les rendre marquants par son imagerie et par leur apport au récit : Miller frôle l’écriture de personnages fonctions en réussissant à leur offrir de la vie et en justifiant leur présence au récit au-delà du besoin narratif. Furiosa est quant à elle prenante à suivre et intéressante à voir évoluer. Le scénario du long-métrage connaît toutefois des failles, notamment une fin trop parlante en rupture avec le reste du long-métrage qui parvenait à doser le débit de paroles des personnages. Cette fin est aussi ralentie par une voix off qui vient freiner son rythme, bien que le rapport du film au mythe justifie cette voix.

Pour rester sur la voix off, celle-ci rappelle les raisons de cette Apocalypse. Si cela va avec l’importance de ses répercussions sur le récit du film, ce rappel semble inutile quand l’image le disait très bien par elle-même.
Le thème de l’émancipation féminine est inhérent au film de par la quête de vengeance de Furiosa. Si ce thème est dans sa globalité réussie, il échoue tout de même par moments, notamment en offrant à Furiosa cette émancipation, cette liberté, grâce à un homme, d’abord Pretorian Jack puis Mad Max dans un second temps à travers un léger caméo qui, bien qu’évitant le fan service facile, soit une facilité scénaristique assez grossière.
Le long-métrage trace un portrait nihiliste de la société, nihilisme que l’on retrouve notamment dans le dernier bon blockbuster en date, Dune 2. Tout comme dans le film de Villeneuve, Miller répond à ce nihilisme avec une faible lueur d’espoir porté par un personnage féminin. Miller joue aussi sur la création des mythes, thème qui le passionne et travaille l’opposition entre Dementus, celui faisant tout pour devenir un mythe en possédant un syndrome du personnage principal et Furiosa qui ne cherche qu’à retrouver sa liberté.
La fin du long-métrage vient quelque peu le gâcher en enchaînant des extraits de Fury Road donnant l’impression que le film n’est pas encore fini. 
Sur le plan technique, la photographie du film est maîtrisée tandis que sa musique colle au récit et à son rythme sans pour autant marquer les esprits.Les effets spéciaux en eux-mêmes sont plutôt réussis, ce qui n’est pas le cas de tous les fonds verts. En effet, certaines incrustations, surtout dans la première partie du film, ne prennent pas. Le montage crée un rythme positif et montre une maîtrise du découpage de l’action tandis que le sound design rend l’intégration narrative efficace. Les costumes quant à eux sont sublimes là où les décors expriment une violence et donnent l’impression d’être plein de vie.
Enfin, la réalisation de George Miller est novatrice et cela malgré son âge. Miller sait raconter par sa simple image et joue avec le regard du spectateur comme le démontre la scène dans laquelle Dementus emprisonne Furiosa et Jack. Là où il parvient à capturer notre regard sur Dementus et son monologue, il réussit à nous faire nous tourner vers Furiosa comme un signe annonciateur de sa victoire à venir sur lui. Le réalisateur se montre créatif dans sa gestion de l’action, la rendant entrainante et scotchante tandis qu’il offre ce qui s’apparente à une leçon de réalisation de 2h20 sur la puissance de l’image à jouer avec le regard du spectateur et sur l’importance du cadrage.

En conclusion, Furiosa peine à réussir pleinement son indépendance, qu’il s’agisse du personnage dont l’émancipation repose sur son sauvetage par deux hommes différents ou simplement par la structure du film qui rappelle régulièrement être un préquel à Fury Road, en particulier la fin, sorte de bande-annonce pour le film de 2015 donnant le sentiment d’un film non fini et rappelant le cas d’un autre bon blockbuster américain de 2023, Spider Man : Across The Spider Verse. Toutefois, malgré ce défaut assez majeur, Furiosa est tout ce qu’il dit être et l’accepte : un divertissement efficace dont la dose d’action est convaincante s’accompagnant d’une réflexion sur le mythe qui pousse à l’analyse, voire à la sur analyse. Miller signe ce qui s’apparente à une leçon sur comment filmer l’action et maîtriser son cadre, prouvant que le talent n’a pas encore quitté le réalisateur âgé de 79 ans.


Une réponse

  1. […] Neuf ans après Mad Max : Fury Road, George Miller réalise le premier spin off de sa saga lancée en 1979 avec Furiosa : a Mad Max Story. Le film suit le passé du personnage incarné par Charlize Theron dans le film précédent, cette fois-ci interprété par Anya Taylor-Joy. Si le film n’arrive pas à réussir à s’émanciper suffisamment de son aîné, tout comme l’émancipation du personnage qui repose sur un sauvetage orchestré par le héros principal de la saga, Furiosa réussit tout de même à rappeler ce qui fait un bon film d’action américain : une réalisation fluide et prenante ainsi que le développement d’un questionnement plus profond, ici une réflexion sur les mythes. George Miller reconnaît par son film savoir ce qu’il est en train de faire : un divertissement efficace avec une bonne dose d’actions et une réflexion poussant à l’analyse sur la force d’un mythe. Miller, âgé de 80 ans, offre dans sa réalisation une leçon de mise en scène d’actions et de gestion du cadre. Bien qu’en ressemblant trop parfois à un préquel, Furiosa réussit par son travail sur le son, son montage et le reste de sa technique à éblouir sur grand écran, tandis que Anya Taylor-Joy confirme son talent en peu de mots. Furiosa est un bon blockbuster qui aurait pu être mieux mais qui est tout de même très bien. Ma critique ici. […]

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