Après un mois de mars relativement qualitatif mais au box office décevant, et avant un mois de mai porteur d’espoir et marqué par Cannes, le mois d’avril 2024 comporte son lot de sorties cinématographiques intrigantes. En avril sont sortis une suite d’une grande saga, le retour de réalisateurs populaires ainsi que l’arrivée au cinéma de deux nouveaux réalisateurs derrière la caméra de long-métrages.
Sont sortis ce mois-ci du côté blockbuster S.O.S Fantômes 4 de Gil Kenan et sur Netflix Rebel Moon Part 2 de Zack Snyder. En animation, la deuxième partie de Justice League : Crisis on infinite earths est sortie directement en SVOD. Le cinéma américain indépendant a sorti quant à lui Civil War d’Alex Garland ainsi que Drive Away Dolls d’Ethan Cohen. L’acteur Dev Patel a sorti son premier long-métrage avec Monkey Man tandis que la star d’internet Florent Bernard a réalisé son premier film, Nous les Leroy.
Souhaitant protéger le plus longtemps possible ma santé mentale, je n’ai tenté ni le nouveau film d’animation DC ni le nouveau film de Zack Snyder. Bien que fan de l’univers DC et admirateur du travail de Snyder, la partie précédente de chacun de ces films étant pour moi d’un niveau de qualité si bas, je n’ose m’attaquer à ces suites. Chose que j’aurais peut-être dû faire aussi avec le dernier S.O.S. Fantômes : si la partie émotionnelle du long-métrage arrive à fonctionner, c’est bien sa seule qualité, le reste du film est fade, sa photographie numérique sans profondeur, ses designs sans recherche et son acting presque absent à l’exception d’un Paul Rudd efficace mais rejouant une même partition en boucle, le tout résultant un film sans aucun focus narratif. Drive Away Dolls offre quelques idées de réalisation et un humour faisant parfois mouche mais gâchant le tout avec des transitions dignes de powerpoint, une Margaret Qualley en surjeu, un scénario inconsistant et un tout partant souvent n’importe où, ne trouvant jamais la bonne route. Civil War est quant à lui un film puissant par son travail sur le son, sa réalisation ou son jeu d’acteur mais dont le message sur l’importance du journalisme paraît vain en l’absence de profondeur politique. Enfin, Monkey Man possède quelques failles narratives et une réalisation n’assumant pas ses idées mais le long-métrage se rattrape par de l’action de bonne qualité et une violence accompagnant avec force le message politique.
Pour ce mois d’avril, j’ai décidé de tester un nouveau format pour les critiques mensuelles. Au lieu de revenir sur trois ou quatre films chaque mois, il sera désormais question de traiter d’un seul long-métrage ou de deux, mes coups de cœur du mois. Pour avril, un seul long-métrage est parvenu à me toucher suffisamment pour obtenir cette place : Nous, les Leroy.
Nous, les Leroy de Florent Bernard, sorti le 10 avril 2024

Parmi les stars d’Internet, rares sont ceux à être parvenus à avoir fait leur pas au cinéma. Si l’on peut compter certaines tentatives pour devenir acteur, notamment Norman Thavaud, d’autres ont préféré se positionner derrière la caméra, notamment Franck Gastambide. Les autres à avoir réussi cette transition sont bien évidemment le duo du Palmashow, déjà derrière deux films et jouant dans plusieurs autres, en particulier chez Quentin Dupieux. Il y a deux ans, la web-série Le visiteur du futur de François Descraques a eu le droit à un film au cinéma, accentuant l’espoir des créateurs du web de mettre leurs idées sur grand écran, on peut entre autres citer Cyprien qui prépare un film. Pourtant, la principale chaîne de fiction sur youtube, Golden Moustache, n’avait jusqu’à présent aucun auteur sur grand écran. Ce changement opéra dès fin 2023 avec le film d’horreur Vermines, coécrit par Florent Bernard dit FloBer, qui sort en ce milieu d’année son premier long-métrage écrit et réalisé par lui, Nous, les Leroy. Le scénariste des séries Bloqués et La flamme s’entoure de José Garcia et Charlotte Gainsbourg pour son premier film : qu’est ce que ça donne ?

Tout d’abord, Florent Bernard offre avec Nous, les Leroy une réalisation sobre, plutôt timide, mais efficace.
En effet, son long-métrage se dote d’une mise en scène savant mettre en avant les mots de ses personnages et lesdits personnages. Tout dans la réalisation a pour but de servir les protagonistes, de les montrer comme ils sont, avec leurs failles et leurs forces. Florent Bernard parvient à raconter dans le silence le cours des événements, nous les montrer ou nous les faire comprendre. La scène d’introduction révèle son talent narratif et filmique par une succession d’images montrant le temps qui s’écoule sur fond de répondeurs téléphoniques montrant une relation qui cherche à préparer le futur tout en s’attachant au passé. La grande réussite de cette mise en scène sobre se trouve dans la faculté de Florent Bernard a instauré des moments tragiques et des moments comiques dans son œuvre. Il crée par sa mise en scène les meilleures conditions possibles pour nous rendre réceptif à l’humour des scènes ou à sa tristesse. L’on pourrait néanmoins regretter dans sa réalisation une trop forte abondance de plans serrés, enfermant le film dans un statut télévision ou internet. Ce reproche, possible au film, serait toutefois oublier les tentatives de cinéma dans de nombreux plans de son réalisateur, notamment la séquence d’introduction. Bernard semble avoir conscience d’où il vient et l’assume tout en voulant apporter une ambition cinématographique mineure, mais parfaitement convenable au statut de comédie de son long-métrage.
Pour ce qui est de la photographie, l’image du film est belle, bien éclairée par ce qui semble être une lumière naturelle et jouant avec les éléments du décor pour éclairer la nuit. On a donc dans Nous, les Leroy, une belle photographie associée à une réalisation classique mais efficace.
En plus de cette technique efficace, le montage du long-métrage est lui aussi convenable. On regrettera pourtant dans celui-ci un problème d’enchaînement. En effet, le montage fait passer après une scène tragique une scène dont le but est purement comique, empêchant de faire fonctionner toute la tragédie de la scène précédente. Pour le reste, ce montage fonctionne avec efficacité mais ce petit détail l’empêche d’être véritablement bon.
Autre point technique sur lequel je souhaitais revenir, le travail sur le son. Celui-ci est de haut niveau, comme souvent dans le cinéma français. Le son permet d’avoir un aspect vivant au long-métrage, les mixeurs prouvant avoir travaillé sur le film et offrant un arrière-plan sonore accentuant la qualité globale du long-métrage. Pour ce qui est des choix musicaux, ceux-ci sont d’excellentes qualités, collant parfaitement avec l’ambiance souhaitée par le réalisateur.

Ensuite, le casting du long-métrage est d’un grand acabit. Le duo de tête offre certaines de leurs plus douces performances. José Garcia n’a que rarement été aussi juste dans son jeu, prouvant qu’il n’est pas qu’excellent en doublage mais qu’il peut aussi l’être en live action. Il apporte à son personnage une mélancolie et une apparence forte cachant de plus profondes émotions, loin de ses performances idiotes dans de nombreux films. Sans surprise, Charlotte Gainsbourg est quant à elle éblouissante, comme bien souvent. Elle apporte à son personnage force et tristesse. Pour le reste du casting, ceux-ci sont là encore de haut niveau. Les acteurs jouant les enfants du couple prouvent un talent brut à exploiter, aucun ne semble en sous-jeu ou en surjeu, ils parviennent parfaitement à tenir tête aux deux grands noms du cinéma qui jouent leurs parents. Florent Bernard s’entoure aussi d’anciens membres de Golden Moustache, présent en caméo dans le long-métrage. En plus d’être bien joués, ces caméos servent le récit et l’évolution des personnages principaux.
Cette évolution des protagonistes, parlons-en. En effet, la force du long-métrage vient de ses personnages, ou plutôt de cette famille dysfonctionnelle mais naturelle, honnête. Florent Bernard décrit le portrait d’une famille française vraie, sans concession. Il crée des personnages imparfaits, des personnages vraies auxquels on s’attache et dans lesquels on se retrouve. La famille Leroy est touchante dans le long-métrage et possède un véritable développement, développement palpable. Tous les personnages possèdent un traitement intéressant et aucun n’est oublié. Par ses personnages, le long-métrage traite avec justesse de la peur de la solitude, du besoin d’amour mais aussi de l’importance d’aller de l’avant.
Florent Bernard prouve encore son talent humoristique avec ce long-métrage. Il arrive notamment à travailler sa gestion de l’humour et ainsi à faire rire. Si certaines blagues semblent en trop, la plupart d’entre elles fonctionnent, même les blagues grasses qui sont ici amenées avec intelligence : elles arrivent à faire rire grâce à leur installation mais aussi grâce à leur diction, notamment par Gainsbourg ou Garcia.
Le scénario de Florent Bernard met en avant autre chose que Paris, il traite des villes plus petites en France mais toutes aussi belles. Le réalisateur scénariste maîtrise son scénario et sait apporter de la tension mais aussi de la tristesse, passant du rire de la première partie à une mélancolie dans la seconde. Si son scénario nous présente une famille dysfonctionnelle avec cœur, on peut toutefois lui reprocher des facilités et des évidences. Ces évidences ne sont pas pour autant dérangeantes, apportant à la narration un réconfort et une tristesse. Florent Bernard n’échappe malheureusement pas à des clichés de personnages mais parvient à les exploiter avec une certaine intelligence. En bref, le scénario du long-métrage possède quelques failles mais arrive à présenter des personnages attachants, vivants et humains.

En conclusion, Nous, les Leroy est la preuve du talent des gens d’internet. Si le film a des failles dans sa manière de concevoir cinématographiquement son intrigue, il prouve un talent d’écriture de la part de celui issu du tout petit écran. S’inspirant des premiers films de Judd Apatow, Florent Bernard signe une comédie presque autobiographique dans laquelle il apporte du cœur et transporte son spectateur du rire aux larmes, aux chaudes larmes, dans un long-métrage sur l’importance d’accepter les choses et d’avancer vers demain. Le réalisateur fait son arrivée au cinéma et s’entoure de deux grands noms du cinéma français et leur fait signer leurs partitions les plus émouvantes depuis un certain moment. Le long-métrage apporte par sa vision neuve de la comédie française, comédie sans concession sur ses personnages, un vent de fraîcheur dans le paysage humoristique français, un vent de fraîcheur que l’on espère voir prospérer.
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